Le Temps: Les moyennes capitalisations européennes vont-elles sous-performer les grandes?

Tryvge Tøraasen: Dans ce segment, je distingue deux groupes. Le premier est composé des sociétés cycliques. Elles réalisent leurs meilleures performances quand l'économie rebondit. Conformément à cette logique, elles ont enregistré une forte progression l'année passée. Cette période est manifestement terminée. Elles vont être confrontées aux difficultés induites par la hausse des taux d'intérêt.

Le second groupe est celui des sociétés qui s'appuient sur une croissance solide de long terme, indépendamment des aléas conjoncturels. Elles vont continuer à progresser vivement. Elles ne sont pas très sensibles aux taux et surperformeront les grandes capitalisations. Ce groupe constitue l'univers de sélection. La croissance moyenne des bénéfices attendue pendant ces douze prochains mois pour les sociétés contenues dans le fonds est de 33%. Elle est presque deux fois plus importante que celle qui est espérée pour l'ensemble du marché. J'achète des sociétés qui ont une capitalisation comprise entre 1 et 2 milliards d'euros. Une décote pour les entreprises de taille moyenne n'a pas lieu d'être, elles ne sont pas plus risquées que les grandes. Leurs affaires sont diversifiées, elles ont des cash-flow bien établis, elles se distinguent ainsi des petites capitalisations.

– Quels sont les critères que vous utilisez pour sélectionner vos titres?

– Je recherche des sociétés qui ont une forte progression de leur chiffre d'affaires dans un secteur en croissance. Elles gagnent des parts de marché. Elles bénéficient ainsi d'un levier sur leurs marges opérationnelles, qui progressent avec le temps. Par exemple, la première position du fonds est un titre coté en Suisse: Nobel Biocare. Sa marge opérationnelle devrait presque doubler entre 1999 et 2005. Simultanément le bénéfice par action devrait être multiplié par cinq. Ce processus s'accompagne d'une explosion du multiple. Il atteint 30 fois les bénéfices ce que je ne considère pas comme cher. En effet, le secteur dans lequel opère Nobel Biocare est en très forte croissance pour encore de nombreuses années. Le fonds détient d'autres titres suisses, comme Synthes-Stratec, ce marché est surreprésenté à hauteur de 9% dans le fonds. Cela ne tient pas à une volonté de privilégier le pays mais au fait qu'il y a ici plusieurs secteurs basés sur le savoir et qui ont une forte valeur ajoutée. Des sociétés présentes dans la biotechnologie ou la technologie médicale.

J'utilise en premier lieu trois critères, à un horizon de cinq ans: la capitalisation divisée par les ventes, le multiple des bénéfices et le cash-flow actualisé. Ces critères, déterminés avec l'aide de nos 57 analystes, me permettent de passer en revue l'ensemble du marché et de trouver des idées d'investissement. J'évalue la marge maximum que pourra atteindre une entreprise. Je dois également appréhender la solidité de son modèle d'affaires pour les vingt prochaines années. Il ne faut pas oublier que toutes les entreprises, à l'exception de Microsoft, perdent leur franchise au bout de trente ans. Il s'agit d'anticiper suffisamment tôt ce phénomène.

– Vous avez une préférence pour les leaders dans leur secteur?

– Oui; en passant en revue la liste des dix premières positions, neuf sont leaders sur la plupart de leurs marchés. Seule Royal Carribbean Cruise est numéro deux. Le leader a toujours une marge opérationnelle nettement supérieure à celle des viennent ensuite. Le cas de figure le plus intéressant est l'achat d'un numéro deux, trois ou quatre dans son secteur, avant qu'il ne passe en première position. Ce fut le cas pour Tandberg, qui était numéro quatre avant de devenir leader.