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Dans l’usine de Fremont, en Californie, des robots installent les sièges avant sur une Tesla Model 3.
© Mason Trinca pour The Washington Post/Getty Images

Automobile

Trois scénarios pour sortir Tesla de la crise

Alors que son directeur, Elon Musk, parle dans le «New York Times» de son année «atroce», Tesla fait face à de multiples enquêtes et actions en justice. Le constructeur dispose de trois options après son tweet du 7 août dernier

Le feu couve au sein de Tesla. Alors que son directeur, Elon Musk, s’épanche dans le New York Times – y évoquant ses semaines de 120 heures, sa dépendance aux somnifères et ses nuits à l’usine –, le constructeur automobile est attaqué de toutes parts. Dans la seule nuit de jeudi à vendredi, Tesla apprenait que l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers (SEC) ouvrait une enquête concernant son intention de se retirer de la bourse. On découvrait aussi que la SEC le soupçonnait d’avoir menti sur ses chiffres de production. Et qu’un ancien employé l’accusait d’espionner de manière systématique ses collaborateurs.

Lire aussi: Elon Musk s’exprime sur sa vie de malade

Pour Tesla, l’incendie à éteindre en priorité est celui provoqué par le tweet d’Elon Musk posté le 7 août annonçant son retrait de la bourse. Selon de nombreux analystes, la société, déjà sous forte pression pour produire davantage de Model 3, ne peut plus affronter en même temps la colère d’actionnaires et les enquêtes des autorités de régulation. Trois scénarios se dessinent.

1. Elon Musk parvient à retirer Tesla de la bourse

Le directeur n’a jamais fait mystère de son aversion pour les vendeurs à découvert (short sellers), ces investisseurs qui parient sur la baisse du cours de l’action et mettent Tesla sous pression permanente. Une fois décotée, la société n’aurait plus à les affronter. «En quittant la bourse, Tesla se dégagerait des contraintes réglementaires qui pèsent sur toutes les entreprises cotées, comme la publication des comptes chaque trimestre et des règles de transparence sur la rémunération des dirigeants de l’entreprise. Et cela permettrait aussi à Elon Musk de ne pas devoir rendre de comptes sur le rythme de production de son fameux Model 3», relève John Plassard, consultant pour Mirabaud Securities auprès de Cambridge Securities, contacté par Le Temps.

L’opération ne sera pas simple. Mais elle est possible. Elon Musk détient 19,6% du capital, aux côtés des fonds d’investissement T. Rowe Price (9,2%), FMR LLC (8,3%), Baillie Gifford & Co. (7,7%), de Tencent (4,9%) et du fonds souverain d’Arabie saoudite (environ 5%). Si ces actionnaires restent à bord, il faudra lever entre 35 et 40 milliards de dollars pour racheter le solde des actions.

Lire aussi: Elon Musk évoque des discussions avec le fonds saoudien pour retirer Tesla de la bourse

La relation d’Elon Musk avec les marchés financiers est ambiguë depuis longtemps. 

Comme d’autres, John Plassard établit un parallèle avec Dell, sorti de la bourse en 2013. «Le financement de cette opération par de la nouvelle dette n’était pas un danger pour l’entreprise car elle est facilement financée par le cash-flow généré par les ventes. La société possédait plus de 68 milliards de dollars en réserve. Pour Tesla, la situation est radicalement différente puisque la question de sa rentabilité est à l’ordre du jour. Au deuxième trimestre, la société était dans les chiffres rouges et n’avait que 2,2 milliards de dollars de trésorerie.»

Pour le consultant, certains acteurs pourraient aider Tesla dans son opération: le fonds souverain saoudien si souvent cité, le Vision Fund du groupe japonais SoftBank (qui détient déjà plusieurs investissements aux Etats-Unis), Tencent mais aussi le milliardaire Ron Baron «qui s’est tout de suite dit favorable à une telle opération», précise John Plassard.

2. Une solution hybride

Il est possible, avancent des analystes de la société de gestion d’actifs Morningstar, que les actionnaires se voient proposer de céder leur titre à 420 dollars pièce (un prix jugé excessif par la majorité des observateurs) ou qu’ils puissent rester actionnaires d’une société Tesla qui ne serait plus cotée à Wall Street. «Nous supposons que les actionnaires individuels verraient leurs titres relogés dans un véhicule d’investissement spécifique, tandis que les investisseurs accrédités auraient la possibilité d’acheter ou vendre leurs titres tous les six mois», écrit Morningstar dans une note. La société de gestion d’actifs estime que la juste valeur de l’action est de 179 dollars. Les valorisations des analystes de Wall Street varient du simple au double – le titre est actuellement coté à environ 326 dollars.

3. Tesla reste cotée en bourse

Cette option est également plausible. «La relation d’Elon Musk avec les marchés financiers est ambiguë depuis longtemps. Tesla pourrait en théorie privilégier le long terme si la société devenait privée. Mais Elon Musk a bénéficié d’un coût du capital très bas et les fameux vendeurs à découvert ont facilité la levée de capitaux», relève Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, contacté par Le Temps. Selon ce spécialiste, le seul avantage d’une décote serait d’éliminer la volatilité du cours de bourse, qu’Elon Musk a largement provoquée par des promesses excessives et par son style de communication…

Selon Philippe Houchois, la société, qu’il estime viable, a tout intérêt à se concentrer sur les défis opérationnels de production et la levée des capitaux nécessaires pour financer sa croissance au-delà des 18 à 24 mois à venir – plutôt que de lever de l’argent pour sortir de la bourse. Selon les calculs des Echos, Tesla a levé plus de 20 milliards de dollars sur les marchés depuis 2010, dont 4 milliards en actions. A priori, chercher de l’argent frais sera plus difficile sans être coté.

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