Au vu des chiffres publiés récemment par les sociétés centrées sur les voyages et le tourisme, les affaires spécialisées affichent une meilleure résistance que le tourisme de masse aux difficultés que traverse ce secteur. Compte tenu de la part importante de spécialités chez Kuoni et de sa capacité à réagir rapidement aux variations de la demande, le leader suisse du voyage «devrait s'en être bien tiré cet hiver», selon Matthias Egger, spécialiste du secteur auprès de la Banque Pictet & Cie. Et ce dernier d'anticiper: «Lorsque la situation se sera stabilisée dans les pays du Golfe, le frein aux réservations pour l'été va sans doute se détendre.» L'action Kuoni s'est d'ailleurs relativement bien comportée cette année en accusant une baisse de 10% alors que, dans le même temps, le voyagiste allemand TUI, leader européen, a perdu plus de la moitié de sa valeur. Les spéculations d'une reprise de Kuoni – qui détient 49% de TUI Suisse (Imholz et Vögele Voyages) – par le voyagiste allemand ont d'ailleurs refait surface. D'autant qu'un rapprochement est jugé complémentaire sur le plan stratégique par nombre de spécialistes, même si le voyagiste suisse semble vouloir rester indépendant.

Les analystes ne s'attendent pas à de grosses surprises au niveau des résultats de l'exercice 2002, attendus demain mardi. Leur attention devrait plutôt se porter sur les réservations et sur la situation en Scandinavie. Lors de la publication des résultats sur neuf mois, en novembre dernier, le leader suisse du voyage avait tablé pour l'ensemble de l'année, sur une marge d'exploitation EBITA de 3% et sur un chiffre d'affaires en recul de quelque 5%. En Suisse, Kuoni a certainement gagné des parts de marché l'an dernier. Analyste auprès de la Deutsche Bank, Simon Champion table par exemple sur un EBITA de 115,5 millions de francs (–19,1 millions en 2001) et sur un chiffre d'affaires de 3,88 milliards de francs (4,06 milliards en 2001). Quant au bénéfice net, il pourrait s'élever à 22,1 millions de francs. L'exercice précédent (2001), année catastrophique s'il en est, s'était soldé par une perte nette de 281,7 millions de francs. Les recommandations bancaires répertoriées par Bloomberg sur l'action Kuoni sont actuellement positives ou neutres, à parts égales.

Holcim prévoit un recul de 40% du bénéfice net pour 2002

Attendus mercredi, les résultats du groupe Holcim, deuxième groupe cimentier mondial derrière le français Lafarge, ne devraient pas réserver de grosses surprises non plus. La société avait déjà pris les devants à la mi-février en lançant un avertissement sur ses bénéfices. Holcim avait alors annoncé avoir constitué des provisions à hauteur de 120 millions de francs dans les comptes 2002, en prévision d'une amende de l'Office fédéral allemand des cartels. Le groupe avait ajouté que l'exercice 2002 se solderait par un bénéfice net inférieur de 40% environ à celui enregistré en 2001 (812 millions de francs). Le niveau du bénéfice d'exploitation en revanche devrait être stable (1,945 milliard en 2001). L'Office fédéral allemand des cartels a engagé une procédure contre l'industrie allemande du ciment, soit une trentaine de sociétés, en raison de violations présumées de la législation au cours des années 1990. Holcim, pour sa part, est impliquée au travers de l'une de ses filiales allemandes. Mais selon une note de Patrick Appenzeller, analyste auprès de la Banque Leu, l'alerte sur les bénéfices de Holcim s'expliquait aussi par les résultats de sa filiale mexicaine Apasco, laquelle avait contribué à un quart du bénéfice de Holcim sur neuf mois. Le 6 février dernier, Thomas Schmidheiny, qui contrôle la majorité des droits de vote du groupe, a démissionné de la présidence du conseil d'administration, tout en restant administrateur, en raison d'une condamnation pour délit d'initié en Espagne. C'est Willy Kissling qui lui a succédé à titre intérimaire. L'action Holcim affiche une baisse de 20% environ depuis le début de l'année. Sur 30 recommandations bancaires, 14 sont actuellement positives sur le titre, 10 neutres et 6 négatives.

Saurer: bonne visibilité dans les machines textiles

Leader mondial des machines textiles, le groupe Saurer a déjà annoncé en janvier avoir rehaussé ses ventes de 3% à 2,48 milliards de francs en 2002 alors que, dans le même temps, ses entrées de commandes ont bondi de 20%. Analyste auprès de la Banque Pictet & Cie, Volkan Göcmen souligne dans une étude récente la bonne visibilité de l'industrie des machines textiles alors que le reste du secteur des machines est loin d'avoir atteint le creux de la vague: «Saurer et Rieter ont tablé tous les deux sur une pleine utilisation des capacités d'ici le milieu de l'exercice 2003.» L'analyste de la banque genevoise constate en outre une reprise durable dans les machines à tisser les fibres naturelles. Pour 2003, il table pour Saurer sur un bénéfice net de 71,2 millions de francs (après une perte nette de 76 millions en 2001) et sur un bénéfice d'exploitation EBIT de 122,2 millions (–52,6 millions) et se montre positif (accumuler) sur le titre à l'instar de la majorité (7) des recommandations répertoriées par Bloomberg, alors que deux d'entre elles sont neutres et une seule négative.