Les deux grandes banques helvétiques s'apprêtent à communiquer leurs résultats sur neufs mois cette semaine, soit demain mardi pour UBS et jeudi pour Credit Suisse Group. Ce dernier doit impérativement retrouver la confiance des investisseurs alors que UBS est en position de confirmer l'évolution impressionnante des bénéfices affichés depuis deux ans. Après l'avertissement sur ses résultats lancés par CS Group le 2 octobre dernier, ceux-ci se solderont par une lourde perte nette au troisième trimestre 2002, principalement à cause d'une «perte nette considérable» de la Winterthur, que le groupe a dû recapitaliser à hauteur de 3,7 milliards de francs cette année. Mais ce n'est pas tout. Mercredi dernier, l'action CS Group a encore été chahutée par de nouvelles rumeurs d'avertissement sur les résultats. Celles-ci seraient dues à un impact fiscal négatif de 350 millions de francs que n'auraient pas prévu nombre d'analystes ainsi que le prétendait la NZZ am Sonntag de dimanche. Ce nouvel impact fiscal négatif – qui surprend alors que le groupe enregistre de lourdes pertes – serait imputable à un changement de taxation en Allemagne. Ce qui a conduit plusieurs analystes, rendus attentifs par la banque, à réduire une fois de plus leurs attentes la semaine dernière. Alors que la perte nette trimestrielle était estimée jusqu'ici entre 1,2 et 1,5 milliard de francs, elle pourrait s'élever jusqu'à 1,9 milliard de francs selon certaines estimations. Tenant compte des derniers résultats trimestriels publiés par d'autres banques européennes et plombés par des crédits douteux, la Banque Cantonale de Zurich (BCZ) a abaissé ses estimations et table désormais, au troisième trimestre, sur une perte nette de 1,7 milliard de francs pour CS Group ainsi que sur un recul des fonds sous gestion de 3,9% à 1243 milliards de francs. D'autant que CS First Boston (CSFB) et CS Private Banking devraient aussi pâtir du contexte morose. L'analyste de la BCZ n'a toutefois pas modifié ses prévisions pour CS Group en 2003.

En annonçant le 2 octobre dernier que son unité banque d'investissement CSFB accuserait une perte d'exploitation au troisième trimestre 2002, CS Group avait une nouvelle fois déçu les investisseurs. CSFB était en effet sorti des chiffres rouges au deuxième trimestre 2002. Ce que nombre d'observateurs avaient commencé à percevoir comme un début de redressement durable dans la banque d'investissement. Or CSFB, dirigé depuis juillet 2001 par le restructurateur John Mack, a replongé dans le rouge au troisième trimestre en raison de nouvelles provisions et du recul des affaires. Malgré les 4500 emplois supprimés (quelque 15% des effectifs) en une année par John Mack dans la banque d'affaires, celui-ci a encore dû annoncer le 8 octobre une nouvelle réduction des effectifs de 1300 à 1750 postes pour économiser quelque 500 millions de dollars supplémentaires. Les mauvaises nouvelles avaient fait plonger le titre à un plus bas de moins de 20 francs début octobre. Mais l'action CS Group avait ensuite regagné 50% pour clôturer à 27,90 francs vendredi. Pour obtenir un redressement durable, les deux nouveaux codirecteurs de CS Group – Oswald Grübel, le responsable de CS Financial Services (banque de détail en Suisse, gestion de fortune et Winterthur Assurances), et John Mack, en charge de CSFB – doivent donc impérativement présenter des chiffres susceptibles de restaurer la confiance. Mais les observateurs s'attendent aussi à ce que ceux-ci prennent bien soin de sortir tous les «cadavres» du placard, comme c'est souvent le cas lors de l'entrée en fonctions de nouveaux responsables. Si près d'un cinquième des recommandations d'analystes répertoriées par Bloomberg étaient négatives sur le titre CS Group la semaine dernière, 35% étaient neutres et 45% résolument positives. C'est que le titre CS Group est valorisé (par la BCZ) à 12,2 fois les bénéfices attendus pour 2003.

UBS devrait confirmer ses qualités

S'agissant de UBS, Christoph Ritschard, analyste à la BCZ, s'attend à ce que l'évolution bénéficiaire vigoureuse du leader mondial de la gestion de fortune privée se soit poursuivie au cours du troisième trimestre 2002, même s'il table sur des bénéfices plus faibles que lors du trimestre précédent. Explication: le recul des revenus ne devrait avoir été que partiellement compensé par la baisse des coûts, alors que les provisions ont certainement augmenté. La BCZ table par conséquent pour UBS sur un bénéfice net de 873 millions de francs au troisième trimestre 2002, en recul de 34% par rapport au trimestre précédent, mais en légère hausse de 3,3% par rapport au troisième trimestre 2001. Quant à la fortune gérée, celle-ci devrait avoir reculé de 4,3% par rapport au deuxième trimestre pour s'établir à 2104 milliards de francs.

Au niveau de la rentabilité brute et de l'afflux de nouveaux fonds, UBS Private Banking devrait encore être en retard sur CS Private Banking. Les affaires avec les clients internationaux (principalement non résidents ou off shore) – qui constituent 70% des revenus de UBS Private Banking – ont certainement bien résisté à la baisse des marchés boursiers, estime Jacques-Henri Gaulard, analyste chez Merrill Lynch. Pour ce dernier, il reste par conséquent un potentiel de croissance à exploiter. Revers de la médaille: UBS serait aussi plus vulnérable à des amnisties fiscales européennes.

Au vu des bons résultats affichés depuis un certain temps par le groupe, la valorisation de l'action UBS est jugée «proche de sa valeur équitable» par la BCZ qui n'en reste pas moins positive sur le titre à l'instar de près de 60% des recommandations d'analystes répertoriées par Bloomberg. Mais un bon tiers des avis est neutre, à l'instar de celui de la Banque LODH – moins optimiste que la BCZ – qui s'attend pour UBS à un bénéfice net de 800 millions de francs au troisième trimestre et à un recul plus prononcé des avoirs gérés (–10%). L'action UBS n'a perdu que 18% de sa valeur cette année et se traite donc à plus de 15 fois les bénéfices attendus pour 2003.

Richemont profite du cigarettier BAT

C'est jeudi que le groupe de luxe Compagnie Financière Richemont (marques Cartier, Van Cleef & Arpels, Vacheron Constantin, Piaget, Dunhill, etc.) entend communiquer ses résultats pour le premier semestre 2002-2003. Contrôlé par la famille sud-africaine Rupert, le groupe avait annoncé voilà quelques mois son intention de transférer son siège de Zoug à Genève. Ce transfert semble toutefois différé compte tenu des priorités fixées par le groupe en matière de coûts. Sur les cinq premiers mois de l'année, les ventes avaient fléchi de 5%, mais de 1% seulement sans tenir compte des effets de change et des acquisitions. Mais cette période ne comprenait pas le mois de septembre, dont les ventes sont souvent supérieures de moitié à celles des mois précédents. Analyste auprès de la Banque Leu, Ronald Wildmann table sur un recul du chiffre d'affaires de 3,9% à 1,765 milliard d'euros (2,580 francs suisses) au 1er semestre, compte tenu d'un effet de change négatif de 3,6%. Entre avril et septembre 2002, le dollar et le yen ont en effet perdu respectivement 6% et 7% de leurs valeurs contre l'euro. Et l'analyste de la banque de gestion de fortune zurichoise estime de 25% à –30% la part des ventes de Richemont liées au billet vert et une part équivalente à la monnaie nippone. L'impact négatif du yen devrait toutefois être atténué par les opérations de couverture prises par Richemont. La Banque Leu table par ailleurs sur un recul du bénéfice d'exploitation de Richemont de 30% à 176 millions d'euros (soit une marge opérationnelle réduite à 10%). Mais grâce à une hausse de l'apport du cigarettier BAT, le bénéfice net du groupe Richemont devrait avoir fléchi de 8,3% seulement à 390 millions d'euros au 1er semestre 2002-2003. En 2001-2002, Richemont avait enregistré un déclin de son bénéfice net et une baisse décevante de sa marge d'exploitation de 19,3% à 12,5%. Cette dégringolade était imputable à l'envolée des coûts et le groupe s'était fixé pour objectif de ramener ceux-ci de 52% à 48% du chiffre d'affaires. Les perspectives pour le secteur du luxe ne semblent toutefois guère brillantes, surtout si l'on prend en compte les risques de guerre en Irak. La semaine dernière, la banque américaine Morgan Stanley (MSDW) a réduit sa recommandation pour l'ensemble du secteur européen du luxe de «en ligne» à «prudent» (cautious), manifestant notamment son inquiétude quant au niveau trop élevé des bénéfices prévisionnels. Si MSDW reste positive sur le titre Richemont (note: surperformer), elle s'attend à ce que les valeurs européennes du luxe sous-performent de 9% l'indice des valeurs européennes MSCI au cours des douze prochains mois. Sur 37 recommandations bancaires répertoriées par Bloomberg, 38% sont positives sur l'action Richemont, 40% neutres et 21% négatives.