Kaspar Villiger restera dans l’histoire comme un sauveur. Une sorte de messie à la sauce helvétique. Il aura joué ce rôle trois fois dans sa vie. D’abord en 1989, lorsqu’il a fallu trouver en catastrophe un radical sans tache pour reprendre le fauteuil occupé par Elisabeth Kopp, chassée du Consei l fédéral. L’homme fort du parti, Franz Steinegger, n’entrant pas en ligne de compte à cause d’une histoire familiale compliquée, ce personnage providentiel fut Kaspar Villiger.

Le Lucernois reprit alors les rênes d’un Département militaire fédéral en pleine tourmente. 1989, c’était l’année de la chute du mur de Berlin et de la votation sur l’initiative pour une Suisse sans armée, deux événements qui allaient durablement chambouler la perception que la population de ce pays avait de la défense nationale.

En 1995, au départ d’Otto Stich, la droite ne voulut pas que le Parti socialiste conservât les commandes du Département fédéral des finances. Les relations tendues que le parlement avait entretenues avec le ministre socialiste ont largement contribué à la nomination de Kaspar Villiger à la tête de ce département. A l’époque, les finances fédérales étaient au plus mal, le financement du chantier du siècle – les NLFA – extrêmement incertain. La droite voulait à tout prix assainir les dépenses de l’Etat et comptait sur Kaspar Villiger pour cela.

Cette même année éclate la crise des fonds en déshérence. En tant que président de la Confédération, c’est lui qui a prononcé devant l’Assemblée fédérale la fameux discours dans lequel la Suisse présentait ses excuses pour n’avoir pas empêché l’apparition du tampon J dans les documents d’identité des juifs.

Le radical lucernois aura conduit les finances du pays pendant près de neuf ans. Pendant ces années, il aura ouvert deux chantiers importants: la réforme de la péréquation financière et le frein à l’endettement. Le redressement des finances publiques s’est révélé plus compliqué, puisqu’au spectaculaire bénéfice de l’année 2000 aura à nouveau succédé une période de résultats plus mitigés.

Voici que Kaspar Villiger, que l’on croyait couler une paisible retraite entremêlée de l’un ou l’autre mandat d’administrateur, rebondit à la tête d’UBS. Cette troisième croisade messianique, il la doit à son parcours professionnel et à son caractère. Kaspar Villiger est issu du monde économique. Avant de devenir conseiller fédéral, il dirigeait avec son frère l’entreprise qui porte son nom, un des fleurons de l’industrie suisse dans le domaine des cycles et des cigares. Il est toujours resté proche de l’économie, qui lui a toujours accordé sa confiance.

Peut-être faut-il à la tête d’une UBS dirigée par un Oswald Grübel aussi entreprenant qu’autoritaire, un président peu susceptible de lui faire de l’ombre. Homme discret, pas forcément très inventif mais affable et apprécié, sexagénaire sorti de sa retraite, Kaspar Villiger semble remplir cette condition. Tout en assurant le lien avec un monde politique qui se méfie de plus en plus d’UBS.