Qui succédera à Bruno Gehrig, vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse? Le comité du conseil de banque se réunit le 17 janvier et proposera le candidat (ou la candidate?) que nommera en dernier ressort le Conseil fédéral.

Le choix revêt une certaine importance. La direction générale de la BNS, composée de trois membres, est présidée par Jean-Pierre Roth, qui exerce cette fonction depuis janvier 2001.

A la même date, Niklaus Blattner a pris la tête du deuxième département (état-major, division billets et monnaies). Bruno Gehrig dirigeait le troisième département (politique monétaire, trafic des paiements, placements de réserves et devises) mais a été proposé en décembre à la présidence du conseil d'administration de Swiss Life.

Son départ n'est qu'une demi-surprise, certains le voyaient même quitter la BNS plus tôt après avoir été coiffé au poteau par Jean-Pierre Roth au poste de président. C'est un homme fort, «le véritable artisan de la politique monétaire actuelle», selon un membre du conseil de banque, qui manque désormais à la tête de l'institut monétaire. Son remplacement est compliqué par une coutume politique voulant que deux directeurs généraux (dont un romand) soient proches du Parti radical et le troisième du PDC. Depuis la création de la BNS en 1907, ni les socialistes ni l'UDC n'y ont placé un des leurs.

Le PS a pourtant essayé, en 1896 et en 1995. «Nous sommes intéressés à présenter une candidature», dit le secrétaire du parti Jean-Philippe Jeannerat, précisant que des consultations internes sont en cours. Il refuse toutefois de confirmer une information du Tages Anzeiger selon laquelle Daniel Zuberbühler, actuel président de la Commission fédérale des banques, serait le favori du PS.

L'étiquette partisane paraît secondaire à Jean-Philippe Jeannerat par rapport au profil du futur directeur général: «L'évolution du franc face au dollar et à l'euro présente beaucoup d'inconnues. Outre des compétences macro-économiques avérées, la personne choisie ne devra pas être un simple surveillant de la stabilité des prix, mais inventer une politique contribuant aussi à soutenir toute l'économie. Le plus gros problème actuel de la Suisse est une croissance trop faible.» Le nom d'Erich Spörndli, actuel bras droit de Bruno Gehrig à la BNS, circule également du côté socialiste.

Les démocrates-chrétiens discuteront de la succession en marge de leur congrès ce week-end. Toujours selon le Tages Anzeiger, ils pencheraient pour Peter Buomberger, ex-économiste en chef de UBS. «Il a incontestablement le profil», dit un responsable du parti.

Les autres papables PDC – loin derrière – seraient Peter Schönenberger, chef des Finances du canton de Saint-Gall, Franz Marty, qui exerça la même fonction à Schwyz, et le professeur de droit fribourgeois Jean-Baptise Zufferey. Leur bagage est néanmoins plus mince.

Quant à l'UDC, elle «réfléchit», dit son secrétaire Gregor Rutz, mais ne présentera pas une candidature de combat, même en année électorale. Le député Hans Kaufmann, parfois évoqué «est plus utile au Conseil national», ajoute Gregor Rutz, qui juge également secondaire l'étiquette politique par rapport aux qualifications professionnelles.

C'est justement sur ce plan que le favori PDC Peter Buomberger pourrait rencontrer des obstacles. Son départ rapide de UBS, même s'il n'est dû qu'à «un désaccord sur le cahier des charges avec le sixième CEO de ma carrière», comme dit l'intéressé, a un peu surpris. Au sein même de la BNS, on le juge un peu terne, plus appliqué que brillant.

A l'aune des compétences, un autre nom – interne – suscite beaucoup d'intérêt: celui d'Ulrich Kohli, actuel bras droit de Jean-Pierre Roth. L'homme aligne des années d'expérience dans plusieurs pays anglo-saxons, une liste de publications longue comme le bras, un parcours académique remarqué (à l'Université de Genève notamment) et «une grande rigueur ainsi qu'un sens du long terme», note son ancien assistant Claudio Sfreddo

Ulrich Kohli n'était pas joignable vendredi pour dire si le poste l'intéresse.