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Un nouveau-né peut espérer vivre 100 ans. Le système de retraite n'est pas encore adapté à ce nouveau défi.
© Reuters

Prévoyance

Le trou des retraites sera bientôt de 400 000 milliards

Un bébé peut raisonnablement espérer devenir centenaire. Cette hausse de l’espérance de vie oblige les Etats à agir. La moitié des pays de l’UE ont déjà mis en œuvre des systèmes d’indexation et de dépolitisation des principaux paramètres de la retraite (âge de la retraite, prestations, ressources)

Un nouveau-né sur deux peut espérer vivre cent ans, selon une étude du World Economic Forum et de Mercer. Personne ne sait à quoi ressemblera le monde en 2117, mais pour les systèmes de retraite, l’augmentation de l’espérance de vie d’une année tous les cinq ans constitue un réel défi. «Il en résultera une baisse de générosité des systèmes de retraite publique pour les générations futures», promet un rapport de la Commission européenne (Pension Reforms in the EU since the Early 2000’s).

Les réformes sont nécessaires. La moitié des pays de l’UE ont déjà mis en œuvre des systèmes d’indexation des principaux paramètres de la retraite (âge de la retraite, prestations, ressources). Ces réformes sont introduites de manière progressive. Elles se couplent souvent à des mesures d’accompagnement et à l’établissement d’un solide filet social.

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Détérioration du ratio de dépendance

Le ratio de dépendance (rapport entre les actifs et les retraités) dans le monde chutera de huit pour un actuellement, à quatre pour un, en 2050. «L’économie ne peut pas supporter un tel fardeau», note l’étude du WEF.

Le stress pour le système est rendu encore plus fort par l’absence d’accès à un système de retraite non seulement pour de nombreux indépendants, mais aussi pour les gens qui travaillent dans l’économie informelle ainsi que pour la plupart des salariés des pays émergents. En théorie, les économistes estiment qu’un individu devrait épargner 10 à 15% de son salaire pour faire face aux imprévus et préparer sa retraite. Dans de nombreux pays, les actifs n’y arrivent pas vraiment, selon le WEF.

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Le trou des retraites, soit le déficit de financement, est estimé à 70 000 milliards de dollars, soit 1,5 fois le PIB des huit pays en question (Etats-Unis, Chine, Royaume-Uni, Canada, Japon, Pays-Bas, Australie, Inde). Ce déficit est calculé en analysant le total de l’épargne nécessaire et les évaluations des besoins de retraite sur la base des prévisions de longévité et en prenant pour hypothèse le maintien de l’âge de la retraite. Les trois quarts de ce gigantesque montant sont liés au déficit de financement des retraites publiques et des caisses de pension publiques. Le trou des caisses de pension privées est de l’ordre de seulement 1%. Et environ un quart provient du manque d’épargne individuelle des ménages.

Le déficit augmentera de 5% par an

Le WEF prévoit que ce déficit augmentera de 5% par an, soit de 28 milliards par an, pour atteindre 400 000 milliards de dollars en 2050. Pour les seuls Etats-Unis, le trou des retraites augmente chaque année d’un montant représentant cinq fois le budget de la défense américaine ou l’équivalent de 60% de la valeur de BlackRock, le plus grand gérant d’actifs du monde. L’augmentation de ce déficit sera encore plus forte en Chine (7% par an) et en Inde (10% par an). Dans ce dernier pays, neuf employés sur dix travaillent dans l’économie souterraine.

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Le principe de base, pour un gouvernement, devrait consister à réduire le risque de pauvreté des personnes âgées, mais dans plusieurs pays le premier pilier est sous-financé et ce principe peine à être respecté. La confiance dans les systèmes de retraites ne peut être restaurée que si les assurés associent les retraites à davantage que des frais et un manque de rendement.

En réalité, la baisse des rendements des marchés financiers contribue moins qu’on ne l’imagine au trou des retraites. En réduisant de moitié le rendement attendu à long terme des actions (de 8,6 à 3,45%), et encore davantage celui des obligations (de 2,6% à 0,15%), le déficit du système américain n’augmente que de 35%. Le principal levier d’une possible amélioration du financement est à chercher dans le relèvement du taux d’épargne des moyens et bas revenus. Le WEF rend attentif au fait qu’une personne qui contribue à sa retraite dès qu’elle travaille disposera du double de capital prévoyance que celle qui attend dix ans.

Augmenter de trois ans la durée de la retraite

L’urgence de réformer la prévoyance ne se limite pas aux pays cités plus haut. En Europe, comme indiqué plus haut, depuis le milieu des années 1990, la moitié des pays de l’UE ont adopté des mécanismes d’indexation des principaux paramètres, selon l’étude de la Commission européenne (Discussion Paper 042, Dec 2016), en Suède dès 1998, en Allemagne dès 2004, en Espagne dès 2013. Huit pays disposent d’un lien direct entre les changements de l’espérance de vie et l’âge officiel de la retraite.

La première mesure a été de relever l’âge statutaire de la retraite. Tous l’ont fait, sauf le Luxembourg. Les écarts sont d’ailleurs étonnamment grands entre les pays. En 2060, l’âge de la retraite devrait être à 72,5 ans au Danemark et 63 ans en Bulgarie. Les gouvernements multiplient les mesures d’incitation à partir plus tard à la retraite, à l’image de l’augmentation des années de contribution pour obtenir une retraite pleine).

L’UE prévoit à long terme une augmentation de la durée de la retraite de trois ans pour les hommes et d’un an pour les femmes. Les Etats prennent des mesures pour accroître les revenus (hausse des contributions). Cinq pays (Suède, Italie, Grèce, Allemagne, Autriche) ont modifié leur système en faveur d’une primauté des contributions et/ou à la mise sur pied de plusieurs piliers de la prévoyance et non plus d’un seul.

Après deux décennies de réformes en Europe, l’Etat reste fortement engagé dans les systèmes de prévoyance. Il dépense en moyenne 11% du PIB dans l’UE. Mais de plus en plus, le privé doit prendre le relais, affirme la Commission.


Glossaire

Taux de conversion: Au moment où vous partez à la retraite, le taux de conversion minimal sert à transformer votre capital de vieillesse LPP (votre «avoir de vieillesse») en une rente annuelle, garantie à vie. Pour la partie obligatoire de l’avoir de vieillesse, il est fixé à 6,8% (à partir de 2014) uniformément pour les hommes et les femmes. Un avoir de vieillesse de 100 000 francs à l’âge de 65 ans donne droit à une rente de vieillesse à vie de 6800 francs par an. En 2012, le taux était de 6,9%. Dans les caisses de retraite dites «enveloppantes», qui assurent mieux que le régime obligatoire LPP, le taux peut être sensiblement inférieur. La réforme Berset propose de le réduire à 6%.

Taux de couverture: On parle d’un taux de couverture de 100% lorsqu’une caisse de pension dispose d’une fortune suffisante pour verser d’un seul coup le montant des cotisations de prévoyance à tous ses assurés, respectivement pour s’acquitter de toutes ses obligations à la fois. Cela n’est toutefois pas nécessaire, car tous les assurés ne partent pas en même temps à la retraite, sauf en cas de liquidation partielle. On parle de «surcouverture» quand les engagements envers les assurés sont couverts à plus de 100%.

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