Investissements

Trouver du rendement dans les robots

De plus en plus de spécialistes lancent des véhicules de placement pour profiter de l’automatisation, une tendance qui devrait durer et dont les perspectives de croissance apparaissent importantes

Imprimantes 3D, drones et robots en tout genre prennent une place toujours plus importante dans l’économie. Alors que les taux d’intérêt négatifs et des bourses en demi-teinte cette année réduisent les espoirs de rendement pour les investisseurs, certains cherchent d’autres pistes. Les robots en sont une.

Car c’est l’un des pans de l’économie dont la croissance est la plus prometteuse. Les études se multiplient pour faire état d’une croissance supérieure à 20% dans tous les segments. «Selon le Boston Consulting Group, ce marché va croître au moins à deux chiffres sur la prochaine décennie. «Cette prévision est même prudente, on peut imaginer que la croissance sera encore supérieure, car, en réalité, on ne peut anticiper tous les nouveaux services qui pourront être développés. Les nouvelles technologies, comme la révolution internet, ont amené beaucoup plus que ce que les experts imaginaient», estime Karen Kharmandarian, le gérant du fonds Pictet­Robotics chez Pictet Assez Management.

Jonathan Cohen a également lancé un fonds au début de cette année. Ce passionné de la robotique, qui a eu plusieurs drones et a créé le fonds RoboCap, spécialisé dans la robotique et l’automatisation, estime que la croissance de ce thème va être «exceptionnelle» ces prochaines années: «Pour les imprimantes 3D, même si on est encore aux débuts, la croissance des ventes est estimée entre 100 et 120% par an, selon un rapport de Gartner. En 2014, la vente de robots industriels était en hausse de 29%, selon la Fédération internationale de robotique.» Pour ce Suisse installé à Londres, ex de Goldman Sachs, s’il y a un tournant aujourd’hui, c’est notamment parce que les robots sont désormais capables de travailler avec les humains, et plus de manière séparée. Et ces «co­bots» (pour robots collaboratifs) ne doivent pas être programmés pendant des heures puisqu’ils sont capables d’apprendre par imitation. Enfin, souligne Jonathan Cohen, l’emballement pour le secteur n’a rien à voir avec la bulle internet: la grande majorité des entreprises actives dans la robotique sont rentables.

Nombreux avantages

Surtout, la tendance risque de durer: «L’automatisation est essentielle pour plusieurs raisons. Prenez le vieillissement démographique: comment voulez-vous combler le déséquilibre entre les populations active et inactive tout en gardant le même niveau de vie autrement qu’avec l’aide de robots?», soutient Karen Kharmandarian. Et ce n’est pas le seul domaine: «Beaucoup d’entreprises sont forcées d’automatiser une part toujours plus importante de leur production pour lutter contre les nouveaux arrivants sur leur marché, qui proposent des produits moins chers. Nike et Adidas, par exemple, rapatrient une partie de leur production pour être plus proches de leurs consommateurs, baisser les coûts de transport tout en offrant du sur-mesure en parallèle. En outre, les robots permettent une moins grande perte de matières premières dans le processus de fabrication.» Le spécialiste ajoute que si les robots se multiplient dans les usines, c’est aussi parce qu’ils coûtent moins cher: «En moyenne, ils deviennent rentables en six mois, alors que cela prenait plusieurs années avec des robots de l’ancienne génération. De plus, ils servent à une palette toujours plus large de secteurs, et pas seulement à l’automobile comme cela a été historiquement le cas.»

Pour ces deux pionniers – ils sont parmi les premiers à avoir lancé des fonds sur cette thématique –­, il y a de grandes chances que cette croissance se traduise par de solides performances boursières. Le premier à avoir senti une opportunité dans ce domaine est un fonds américain, basé au Texas, qui a lancé fin 2013 un ETF, le Robo­Stox Global Robotics & Automation ETF (ROBO ETF). Un véhicule, avec une formule américaine et une formule européenne, qui compte environ 80 titres dont une poignée de suisses (ABB, Kardex etc.). Depuis janvier, le véhicule européen a engrangé 1,5%. Sur l’ensemble de 2015, il a en revanche cédé 5,9%. On est encore loin des taux de progression de l’industrie elle-même. Jonathan Cohen tient à le souligner: beaucoup de véhicules de placement liés aux robots sont récents, mais les indices du thème montrent des performances largement supérieures aux indices de référence sur les dix dernières années. «Dans l’environnement actuel, avec des taux au plancher, c’est très important de trouver de la croissance.»

«Potentiel de croissance important»

Depuis le début de l’année, date à laquelle le fonds a été lancé, la hausse est de 5,43% (au 27 avril). Les titres de l’univers d’investissement comptent au moins 40% de leurs revenus liés à la robotique et plus de 85% en moyenne. Google, par exemple, n’y figure pas: la société investit beaucoup dans la robotique, mais elle en tire moins de 1% de ses revenus. Le prix de l’action ne dépend pas de cela.

Du côté de Pictet Asset Management, habituée à lancer des fonds thématiques, comme celui consacré à l’eau ou à la sécurité, des experts se sont penchés sur la robotique et ont créé une stratégie en octobre dernier, qui compte déjà plus de 1,1 milliard de dollars sous gestion. La performance est de 0,84% depuis le lancement. «Entre l’automatisation industrielle, l’intelligence artificielle, les robots pour la consommation, nous pensons que ce thème a un potentiel de croissance important à long terme», explique Karen Kharmandarian, le gérant de Pictet­Robotics. Une cinquantaine d’actions, dont les entreprises ont au moins 20% de leurs revenus venant de la robotique y sont intégrées. La moitié vient des États-Unis, un quart de l’Asie développée, et le quart restant d’Europe.

Parmi les entreprises citées par les experts, certains sont des grands de l’industrie, comme ABB ou Siemens, qui développent des robots ou des systèmes d’automatisation. Mais figurent aussi des plus petites entreprises. Jonathan Cohen cite par exemple Intuitive Surgical, une entreprise spécialisée dans la robotique dans la santé. Cotée aux États-Unis, elle fabrique des robots pour la chirurgie, dont le prototype avait été développé au Stanford Research Institute. «Beaucoup d’hôpitaux en ont un, précise le gérant. Le canton de Genève, par exemple, en compte six. Ils sont d’une très grande précision et permettent de réaliser de petites incisions mais permettant de faire passer des instruments.» Intuitive Surgical a l’avantage de ne pas dépendre d’une industrie cyclique comme beaucoup d’autres fabricants de robots qui écoulent leurs produits dans l’industrie automobile. Selon Jonathan Cohen, la croissance de ses ventes devrait atteindre 9 à 15% en 2016 avec des marges opérationnelles de 30 à 40%.

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