Conjoncture

Trump plonge l’Amérique dans une dette colossale

Les baisses d’impôts et les dépenses massives dans les infrastructures creusent le déficit budgétaire, obligeant les Etats-Unis à vivre, plus que jamais, grâce aux emprunts

En 2028, la dette américaine atteindra 29 000 milliards de dollars, soit 96% du produit intérieur brut (PIB), contre 16 000 milliards aujourd’hui. Ce sera alors le taux d’endettement le plus élevé depuis la Seconde Guerre et deux fois au-dessus de la moyenne enregistrée au cours des cinq dernières années. A titre de comparaison, en Suisse, un article constitutionnel plafonne l’endettement à 40% du PIB.

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Dans un rapport publié lundi soir, le Congressional Budget Office (CBO), une agence fédérale non partisane composée d’élus démocrates et républicains, a ainsi tiré la sonnette d’alarme sur «les graves conséquences sur le budget et l’économie du pays d’une dette aussi élevée». Paradoxalement, ces prévisions contrastent avec la vision du président américain, Donald Trump. «Notre économie est florissante. Avec tout ce que je suis en train de réaliser, elle sera encore meilleure. Notre pays gagne une nouvelle fois», a-t-il tweeté récemment.

La dette, un mal américain

A première vue, le chef de la Maison-Blanche n’a pas tort. Depuis son élection en novembre 2016, l’économie américaine enregistre une croissance du PIB autour de 3% à chaque trimestre. Les bourses américaines, malgré les récentes secousses, ont réalisé des gains de 5000 milliards de dollars. Selon un récent sondage, 32% des petites et moyennes entreprises se disent prêtes à réaliser de nouveaux investissements. Les grandes sociétés ont retrouvé le moral et s’attendent à augmenter leur chiffre d’affaires grâce à la réduction du taux d’imposition sur les sociétés de 35 à 21%. Enfin, de nombreux employeurs, convaincus de leur rentabilité future, ont augmenté les salaires. Pour couronner le tout, le taux de chômage américain est descendu à 4,6%. C’est plus bas que dans la période d’avant-crise, en 2007.

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A première vue donc, tout va bien. Mais John Plassard, consultant pour Mirabaud, basé aux Etats-Unis, ne partage pas ce point de vue. «La dette est un mal américain, explique-t-il. Aucun gouvernement américain n’a produit d’excédent budgétaire depuis vingt et un ans.» Mais selon lui, il y a de quoi s’inquiéter: le déficit budgétaire se creuse à la suite de la réduction d’impôts adoptée par l’administration Trump (1000 milliards de dollars) et les dépenses dans les infrastructures (1200 milliards). Selon le rapport du BDO, le déficit augmentera de 20% en 2018. «Dès lors, le pays n’aura pas d’autre choix que de continuer à se refinancer grâce aux emprunts», relève le spécialiste.

A ce propos, la Chine, le premier détenteur des obligations américaines – 3100 milliards de dollars – vient de laisser entendre qu’elle allait revoir sa politique. Mais pour John Plassard, on est loin d’un tel scénario. «Malgré le bras de fer avec l’administration Trump, Pékin a besoin de la première économie mondiale pour écouler ses montagnes d’excédents commerciaux», dit-il.

Sous Obama

«La dette en soi n’est pas un problème, poursuit John Plassard. En revanche, ce qui est inquiétant, c’est qu’elle augmente 36 fois plus vite que la croissance et qu’il n’y a aucun signe de retournement de la tendance.» Il fait encore ressortir que l’endettement avait bondi déjà sous la présidence Obama, qui avait consacré 800 milliards de dollars dans un plan de relance en 2009 et accordé un rabais fiscal de 850 milliards en 2010.

L’administration Trump, elle, espère que la masse d’argent injectée dans l’économie finira par donner une impulsion à la croissance. Selon ses projections, un grand nombre de nouveaux emplois seront ainsi créés dans les dix prochaines années. Le compte n’est pas bon: une croissance de 3% est certes attendue cette année, mais dès l’an prochain, le rythme ira en diminuant.

John Plassard relève encore que les dépenses gouvernementales vont augmenter de façon significative d’ici à 2023, en lien avec l’arrivée massive de la génération de baby-boomers à la retraite et qui aura droit à la sécurité sociale. «Le déficit va se creuser davantage à moins que le président Trump décide de relever l’âge de la retraite, dit-il. Une décision difficile à prendre en cette année électorale de mi-mandat.»

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