Pour Xavier Isaac, spécialiste de la branche, la réglementation est devenue moins attrayante en Angleterre. Mais en Suisse, «le nombre d'administrateurs de trusts étrangers ne cesse de croître, sans qu'il y ait de contrôle sur leur niveau de qualification et d'expérience». Il ne faut certes pas tomber dans l'extrême inverse de Londres, mais veiller à établir des standards minimaux de réglementation. Faute de quoi, un danger guette à long terme: «Il ne serait pas bon que la Suisse serve de refuge aux trusts qui ne pourraient pas survivre dans des juridictions plus réglementées, et fasse le jeu de l'argent gris», juge-t-il. «Pour l'heure, il n'y a eu aucun cas de nature à entacher la réputation de la Suisse», réagit, plus confiante, Justine Markovitz, directrice de Withers, cabinet britannique de services patrimoniaux.

En Suisse, les fiduciaires ou «trustees» ne sont soumis ni à l'autorisation ni à l'enregistrement. N'étant pas sujets à l'examen d'un organe de surveillance comme la Commission fédérale des banques, ils n'ont nulle obligation en matière d'adéquation du capital ou d'indemnités professionnelles vis-à-vis des clients. A l'inverse, les juridictions des îles Britanniques offshore comme Jersey enregistrent les gestionnaires de trusts et les soumettent à des commissions de surveillance. Berne ne prévoit pas de réglementer ce secteur dans un futur proche.

Clientèle haut de gamme visée

L'absence de certification officielle de la compétence des gestionnaires de trusts dérange les plus professionnels qui exercent en Suisse. «La formation des directeurs des fiduciaires est essentielle, insiste Xavier Isaac. On ne peut pas s'improviser directeur et administrateur de trust sans connaissances en la matière, car ces responsabilités sont complexes et à haut risque!»

Et le spécialiste de conclure: «Nous voulons attirer en Suisse une clientèle haut de gamme en matière de structuration patrimoniale et planification fiscale. Il convient donc de viser une juridiction proprement réglementée, sans pour autant tuer l'attractivité du business.» Face à la rareté du professionnalisme, les firmes ayant l'expertise londonienne saisissent l'opportunité pour se promouvoir à Genève et vendre leur supériorité dans ce domaine.