«La chute des cours en bourse nous oblige à effectuer des corrections de valeur», explique Jürg Bucher, patron de PostFinance, à l'occasion de la publication des résultats, à fin septembre, du bras financier de La Poste.

Cette correction s'élève à 95 millions de francs, dont 28 millions concernent uniquement les placements en actions. PostFinance dispose en effet dans son portefeuille d'un certain nombre de titres bancaires, dont des actions UBS. La situation s'est fortement aggravée au dernier trimestre. Les corrections de valeur, de 20 millions de francs à fin juin, ont presque quintuplé en trois mois. La dépréciation, calculée sur une base «normale», représente 0,2% de la valeur du portefeuille.

Extension bloquée

«Le bénéfice 2008 sera certainement inférieur à celui de 2007, qui fut une année exceptionnelle», indique Jürg Bucher. A fin septembre, il se monte à quelque 200 millions de francs, comparé à 247,7 millions une année auparavant.

«L'octroi d'une licence bancaire nous permettrait de mieux diversifier nos placements et d'entrer sur le marché hypothécaire à faible risque», plaide Jürg Bucher.

La crise financière amène de l'eau au moulin de ce projet d'extension des activités de PostFinance bloqué par la majorité politique. «La garantie d'Etat ne constitue plus du tout un argument valable contre l'octroi d'une licence bancaire à PostFinance. UBS ne bénéficie-t-elle pas en ce moment elle aussi d'une forme de garantie étatique?» constate le chef de PostFinance.

L'établissement est considéré comme une institution refuge. 222000 nouveaux comptes ont été ouverts depuis le début de l'année, en progression de 55% par rapport à 2007. Des nouveaux capitaux à hauteur de 4,8 milliards de francs ont afflué. Comment PostFinance les place-t-il dans un marché tendu? «Ce n'est pas facile, en ce moment, d'investir ces capitaux sans prendre de grands risques, reconnaît Jürg Bucher. A court terme, nous choisissons surtout le marché «repo» auprès de la BNS, et à long terme des obligations hypothécaires et des institutions proches d'un régime de droit public.»

Le client est roi

Finalement, PostFinance, pour éviter une déstabilisation du système interbancaire, n'aurait-elle pas dû refuser ou contingenter les nouveaux dépôts de fonds? «Notre rôle n'est pas de dicter les choix des clients», rétorque Jürg Bucher.

Le plan de sauvetage d'UBS par des fonds publics lui paraît adéquat. «C'est regrettable d'avoir dû en arriver là, mais face à cette situation dangereuse, il fallait aider une entreprise très importante pour l'économie suisse. Ces mesures me paraissent donc parfaitement justifiées.»