Paiements mobiles

«Twint vise un million d’utilisateurs d’ici un à deux ans»

Pour Thierry Kneissler, le directeur de Twint, la nouvelle version de l’application de paiement mobile sera davantage qu’un moyen de paiement. Elle fonctionnera aussi comme une carte de débit. Et elle fournira une solution d’encaissement simple et à faibles coûts pour les petits commerçants

Le lancement de la nouvelle mouture du système suisse de paiement mobile de Twint est attendu pour ce printemps. La nouvelle application sera disponible à la fois pour les clients de Twint, l’entité spécialisée dans les paiements mobiles soutenue par PostFinance, et de celle de Paymit, développée par SIX, Swisscom et plusieurs banques, y compris UBS.

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A quelques semaines du lancement de la nouvelle solution de paiement helvétique qui conserva la marque Twint, Thierry Kneissler, son directeur, fait le point sur les changements des habitudes des consommateurs en matière de paiements et explique pourquoi il craint davantage la concurrence du cash que celle d’Apple Pay.

Le Temps: Depuis décembre, on voit partout des grands panneaux promouvant Apple Pay, le système de paiements mobiles proposé par Apple. Avez-vous été surpris par cette offensive et pourquoi Twint ne fait-il pas plus d’efforts pour se faire connaître?

Thierry Kneissler: La campagne lancée par Apple Pay n’a pas été vraiment une surprise pour nous – la firme en a les moyens. S’agissant de Twint, notre marque est déjà largement connue en Suisse. Selon une enquête, environ 30% des utilisateurs de smartphone en Suisse mentionnent Twint lorsqu’on leur pose la question de savoir quel moyen de paiement mobile ils connaissent. C’est déjà beaucoup mais pas encore assez. Nous allons accentuer nos efforts pour améliorer le degré de visibilité de notre plateforme lors du lancement de la nouvelle version de notre application de paiements mobiles à partir d’avril.

Le retard pris par le projet s’explique par le fait qu’un nombre beaucoup plus important d’instituts qu’attendu au départ ont décidé de nous rejoindre. Au lieu d’une dizaine de banques initialement, ce sont 39 établissements qui veulent désormais proposer notre système à leurs clients. L’intégration de ces instituts à notre plateforme s’effectuera de manière échelonnée. UBS et la BCZ nous rejoindront à partir d’avril, tandis que ce sera le cas pour Raiffeisen, Credit Suisse ou la BCV à partir de mai. L’ensemble du processus d’intégration sera achevé dans le courant du deuxième trimestre.

– Ne craignez-vous pas que le retard pris vous fasse perdre des utilisateurs, déjà habitués à d’autres applications de paiement?

– Il ne faut pas exagérer l’importance de la vitesse de mise en place de la nouvelle application. D’une part, il faut rappeler que Twint fonctionne déjà, à la fois pour les versements d’argent entre particuliers ou comme moyen de paiement via les terminaux placés dans de nombreux magasins à l’exemple de Coop. Paymit fonctionne aussi déjà en ce qui concerne les transferts d’argent de personne à personne. Ensemble, nos deux systèmes réunissent davantage d’utilisateurs que n’importe quelles autres applications proposées par des concurrents.

Au final, je ne pense pas que le lancement du nouveau système de paiement par smartphone, trois mois plus tôt au plus tard, sera l’aspect décisif – l’important sera plutôt la qualité de la solution que nous proposons.

– Quels seront les avantages de la nouvelle version de Twint par rapport à celle que vous proposez déjà actuellement?

– Il y en aura plusieurs. Actuellement, un utilisateur de Twint doit d’abord transférer de l’argent de son compte sur l’application pour l’utiliser, comme pour une carte à prépaiement. A partir de ce printemps, l’application Twint pourra directement être reliée à un compte bancaire, ce qui évitera d’avoir à transférer chaque fois de l’argent. Le smartphone fonctionnera comme une carte de débit, l’un des moyens de paiement les plus appréciés en Suisse.

Deuxièmement, Twint intégrera les fonctionnalités des cartes de fidélité. Le client n’aura plus besoin d’avoir sur lui à la fois une carte de fidélité et une carte de débit. Twint intégrera les deux fonctions. Notre application pourra aussi être utilisée pour payer sur les sites de commerce en ligne. Enfin, le système pourra toujours être utilisé pour les paiements de personne à personne, ce qui était du reste la première fonction de Paymit.

– Et quels seront les avantages du côté des petits commerçants?

– Un des atouts de Twint sera précisément d’offrir une solution d’encaissement très simple pour des petits commerces qui n’ont pas les moyens ou l’utilité d’installer une caisse physique ou un terminal de paiement. En téléchargeant notre application d’encaissement, un petit magasin, l’exploitant d’un stand sur un marché, le gérant d’un pop-up store ou un physiothérapeute par exemple, disposeront d’un système d’encaissement performant. Cette application d’encaissement peut être installée en une demi-heure sur n’importe quel support informatique existant, ordinateur ou tablette, pour un coût nul. Les petites échoppes n’auront plus besoin d’installer un terminal de paiement physique pour encaisser de l’argent de la part de leurs clients.

– A différentes occasions, vous avez déclaré que la fidélité au cash était le plus grand concurrent pour Twint, bien avant les autres applications de paiement mobiles. Qu’en est-il des cartes de paiement sans contact qui permettent aussi à chacun de payer sans espèces des petits montants de manière très rapide?

– Bien sûr, aussi bien le cash que les cartes de paiement sans contact sont des concurrents de notre application. Notre objectif chez Twint est de proposer une application qui soit davantage qu’un simple moyen de paiement, par exemple en intégrant dans le système aussi les offres de fidélisation comme les cartes de fidélité ou à points.

– N’y a-t-il pas actuellement trop d’optimisme à propos du potentiel des applications de paiement en ligne? Un professeur de l’Université de St-Gall estimait dans une étude que seuls 1% des Suisses paient avec l’aide d’une application de paiement. Quel pourcentage les utiliseront dans cinq ans selon vous?

– Il est impossible de prédire quel sera le pourcentage d’utilisateurs de paiements par téléphone mobile dans cinq ans. Ce qui est sûr en revanche, c’est que cette proportion va augmenter massivement.

– Comment en être sûr?

– Aujourd’hui déjà, beaucoup de gens font pratiquement tout avec leur smartphone dans différentes situations de la vie courante. Il n’y a aucune raison qui expliquerait pourquoi les gens ne veulent pas payer à l’aide de leur smartphone. Notre objectif est que Twint atteigne 1 million d’utilisateurs en Suisse d’ici un à deux ans. Bien entendu, cela ne va pas dire que ces utilisateurs vont entièrement renoncer au cash du jour au lendemain – lors de l’apparition des cartes de crédit, les gens n’ont pas non plus complètement arrêté de payer avec du cash – mais cela créera une base de clients suffisamment grande pour développer toujours plus de services.

– Les programmes de fidélisation seront aussi une composante importante de l’offre de services de Twint. En quoi cela sera-t-il un avantage d’intégrer ces fonctionnalités dans une application de paiement?

– Il y a plusieurs types de programmes de fidélisation. Premièrement, les cartes de fidélité telles que les proposent les grands groupes de commerce de détail, l’exemple de Supercard de Coop ou de Cumulus de Migros. Deuxièmement, les cartes à points proposées par les commerçants qui pourront à l’avenir être directement intégrés dans notre application. Par exemple, le client qui a consommé dix cafés à un endroit qui paye à l’aide de Twint obtient un onzième gratuit. Troisièmement, les offres de promotion – la prochaine fois que le client viendra dans le magasin, il obtient 10% de rabais. L’important est que le client obtienne un avantage en retour. C’est cela qui accélérera l’adoption de notre système de paiement mobile.

- Ces avantages sont toutefois déjà proposés par les commerçants, sans qu’il ait fallu attendre l’arrivée Twint.

- Oui, mais le fait que les différentes offres de fidélisation soient directement intégrées dans notre application de paiement constitue un grand avantage pour les commerçants qui ne doivent pas développer en solo de tels programmes, ce qui leur seraient très coûteux. Le commerçant doit seulement définir les conditions – par exemple, que le 11ème café est gratuit – mais il ne doit plus du tout se soucier de l’infrastructure informatique ou du logiciel. C’est un grand avantage pour les commerçants, surtouts les petits.

– Qu’en est-il de la protection des données? L’exploitant d’un café ou une chaîne de magasins saura-t-il par exemple quelque chose à propos du profil du client qui paiera chez lui à l’aide de Twint?

– Nous avons une approche très stricte en ce qui concerne la protection des données des clients. Premièrement, dès qu’un utilisateur installera l’application de Twint sur son smartphone, il devra expressément valider l’option qui lui convient: il pourra, soit, donner son accord pour que Twint analyse ses données en matière de paiements – et en échange, il se verra proposer des offres spécifiques correspondant à son profil. Soit il pourra refuser toute forme d’utilisation de ses données.

Ce choix devra être effectué via un bouton clairement indiqué au client – non pas via l’acceptation des conditions générales par exemple. Deuxièmement, Twint a une politique très stricte concernant la protection des données de ses utilisateurs à des tiers. Un commerçant ne reçoit aucune information à propos du profil du client qui a effectué un achat chez lui au moyen de Twint. Il sait juste que quelqu’un est venu à 16 heures chez lui que ce client a réglé la somme au moyen de Twint.

Et s’il offre un système de tampon virtuel, le commerçant sait par exemple que le client Y a déjà consommé cinq cafés chez lui et que le sixième est gratuit. Mais il ne connaît bien sûr ni le nom, ni l’âge ou l’adresse du client qui a payé chez lui à l’aide de Twint!

- Pour Coop et Migros qui ont déjà des systèmes de fidélisation très développés via leur carte, payer à l’aide de Twint ou en cash changera-t-il quelque chose?

- Nous allons simplement permettre à nos utilisateurs d’intégrer ces programmes de fidélisation dans Twint, sans devoir sortir sa carte en plus. Mais Twint ne changera rien aux programmes de fidélisation existants chez les groupes de commerce de détail.

– Si l’on revient aux achats effectués en ligne, la question de la sécurité est l’un des plus grands soucis pour les utilisateurs qui achètent via une carte de crédit par exemple. Pouvez-vous apporter une amélioration sur ce plan?

– Pour l’utilisateur, le fait de payer à l’aide de Twint apportera de nombreux avantages sur le plan de la sécurité. En effet, notre système prend en charge l’ensemble de la procédure de paiement. Un utilisateur de Twint qui veut acheter une fois un objet dans une échoppe en ligne n’aura ainsi plus besoin d’indiquer son numéro de carte de crédit afin de réaliser la transaction. Beaucoup de gens n’aiment pas fournir toutes ces données à des sites de commerce en ligne, pour des raisons de confidentialité ou parce que cela prend du temps.

En outre, l’utilisateur de Twint devra seulement photographier avec notre application un code de type «QR» fourni par le site de e-commerce pour réaliser la transaction – une photo, un clic et c’est tout! Seule l’adresse de livraison devra encore être indiquée. De son côté, le commerçant reçoit son argent de manière sûre et simple, réduisant ainsi ses frais administratifs.

– Comment voyez-vous les développements autour des monnaies virtuelles. Sera-t-il un jour possible de payer au moyen de Bitcoins via l’application Twint?

– Non, notre système permettra de payer uniquement à l’aide de francs. Certes, nous observons avec intérêt les développements en cours autour des monnaies virtuelles – mais d’assez loin. Nous n’avons pas constitué de groupes de réflexions à ce sujet, ni n’avons de projets en cours dans ce domaine. Je pense de toute façon que la demande pour ces moyens de paiement serait très marginale chez les utilisateurs de Twint.

– L’application Twint ne fonctionne qu’avec les systèmes d’exploitation Android (Google) et iOS d’Apple. Si votre application est destinée à l’ensemble des utilisateurs suisses, ne devrait-elle pas rester neutre d’un point de vue technologique et fonctionner aussi avec d’autres systèmes d’exploitation comme Windows par exemple?

– Nous devons tenir compte d’aspects technologiques et économiques. Pour cette raison, il n’est pas prévu de développer une version de Twint pour d’autres systèmes que ceux d’Apple et de Google. Les coûts pour développer une application pour Windows, qui n’a que 5% de parts de marché en Suisse dans la téléphonie mobile, seraient beaucoup trop élevés.


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