C’est la phrase que les investisseurs voulaient entendre depuis des mois: «L’ère de la croissance à tout prix est terminée», a proclamé dans la nuit de jeudi à vendredi Dara Khosrowshahi, directeur général d’Uber. La multinationale basée à San Francisco présentait ses résultats annuels. Des résultats rouge vif: la société de mise en relation entre chauffeurs et passagers a affiché une perte de 8,5 milliards de dollars (8,29 milliards de francs) en 2019. L’année précédente, Uber avait perdu 1,8 milliard de dollars, après les 4,5 milliards de 2017 et les 2,8 milliards enregistrés en 2016.

Depuis sa création en mars 2009, la multinationale a ainsi cumulé plus de 20 milliards de dollars de perte. Et les investisseurs s’impatientent: depuis sa première cotation à Wall Street en mai 2019, son action a chuté de 45 à 37 dollars, avec un plus bas à 27 dollars en novembre dernier. Vendredi, le titre ouvrait en hausse de 6% à 39,28 dollars. Uber, qui vaut aujourd’hui environ 63 milliards de dollars – loin des 100 milliards évoqués avant son entrée en bourse –, veut désormais devenir rentable.

En avance sur les prévisions

En novembre dernier, Dara Khosrowshahi avait évoqué 2021 comme première année dans les chiffres noirs. Cela pourrait désormais être le cas dès le dernier trimestre 2020, a-t-il dit dans la nuit de jeudi à vendredi. Ce ne sera pas encore un bénéfice net, mais sur le plan opérationnel, soit avant intérêts, taxes, dépréciation et amortissements. Et le directeur prend des précautions: «Nous envisageons d’atteindre cet objectif de rentabilité en ne prévoyant que de modestes améliorations dans l’environnement concurrentiel actuel et sans l’hypothèse de changements significatifs de notre portefeuille d’activités actuel», a-t-il prévenu, anticipant aussi le fait que le cadre réglementaire ne changera pas beaucoup – ce qui n’est pas acquis dans plusieurs pays.

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Si la multinationale perd aujourd’hui autant d’argent, c’est qu’elle dépense des centaines de millions en marketing, pour offrir des rabais sur des courses, se battre au niveau légal et développer son service de livraison de plats, Uber Eats. Pour que son entreprise devienne bénéficiaire, Dara Khosrowshahi a plusieurs cartes à jouer: son activité de transport de personnes demeure en croissance, avec une hausse de 28% des courses ces trois derniers mois à 1,9 milliard d’unités, pour un chiffre d’affaires en hausse de 27%, à 3 milliards de dollars.

De plus, Uber Eats, qui lui a fait perdre 461 millions de dollars au dernier trimestre 2019, va se transformer: le directeur veut qu’il ne reste que sur les marchés où il peut être numéro un ou deux, et quitter les autres – comme il vient de le faire en Inde. Enfin, Uber augmente parfois le prix de ses courses sur certains marchés.

Plusieurs batailles

Mais en parallèle, le groupe fait face à des difficultés majeures. En Californie, il combat en justice une loi, entrée en vigueur le 1er janvier, qui lui impose de considérer les chauffeurs comme ses propres employés, avec les obligations sociales et financières qui en découlent. A Londres, Uber se bat aussi en justice pour récupérer sa licence, suspendue pour des problèmes de sécurité pour ses passagers.


En Suisse, l’expansion d’Uber Eats se poursuit

La multinationale se bat pour conquérir le marché de la livraison de plats en Suisse. Uber Eats effectuait ses débuts à Genève en novembre 2018. Et fin janvier dernier, le groupe annonçait le début de ses activités dans une dixième ville du pays, Berne, après s’être lancé à Bâle, Fribourg, Lausanne, Montreux, Morges, Nyon, Vevey, Zurich et donc Genève. Sur le marché helvétique, Uber Eats fait face à deux acteurs nationaux déjà bien établis, Smood et EAT.ch, en plus de plusieurs sociétés actives localement. Selon de nombreux observateurs, les 4,90 francs de frais demandés par Uber Eats à ses clients peuvent difficilement couvrir ses frais.

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Sur le marché du transport de personnes, Uber est actif à Genève, Lausanne, Bâle, Zurich, Lucerne, Zoug, Baden et Winterthur. Uber compte environ 3000 chauffeurs dans le pays et 400 000 utilisateurs. Dans la Cité de Calvin, un conflit autour du statut des chauffeurs continue à opposer la multinationale aux autorités locales. A. S.