Ce n’est qu’une question de jours, voire d’heures. Uber doit lancer de manière imminente son service Eats en Suisse. Ce mardi, la multinationale organise une conférence à Genève pour parler du lancement de son service de livraison de plats à domicile. La Cité de Calvin devrait servir de tremplin à Uber Eats, avant qu’il s’étende ailleurs en Suisse. Quatre ans après avoir lancé son service de transport de personnes à Genève, Uber s’attaque à un marché dans lequel des acteurs tels Smood et Eat.ch sont bien établis. Rencontré fin septembre à San Francisco, au siège d’Uber, Kia Amiri, Senior Product Manager chez Uber Eats, explique la stratégie de sa société.

Le Temps: Quelles sont les difficultés que vous rencontrez lorsque vous entrez sur un nouveau marché?

Kia Amiri: C’est un marché beaucoup plus complexe que celui du transport de personnes, car il y a trois acteurs: le restaurant, le client et le livreur. Il nous faut choisir les restaurants avec soin pour proposer la meilleure sélection, il nous faut prévoir quand la commande sera prête et quand elle pourra être livrée. Nous souhaitons offrir la meilleure expérience à tous les utilisateurs.

Vous livrez à vélo, en scooter ou en voiture. Quel est le lien entre Uber et Uber Eats?

Dans certains marchés, les chauffeurs utilisant l’application Uber peuvent avoir le choix de travailler aussi, en parallèle, avec l’application Uber Eats. Ce service permet également à certaines personnes, qui n’ont peut-être pas le véhicule approprié pour être chauffeur Uber, de livrer des plats, que ce soit à moto ou à vélo. Grâce à Uber Eats, nous offrons de nouvelles opportunités et un complément de revenus aux personnes qui le souhaitent.

En 2017, nous avons livré des plats pour une valeur totale de 6 milliards de dollars

Reste que vos livreurs ne semblent pas gagner grand-chose.

Les revenus perçus par les coursiers via l’application Uber Eats sont transparents et sont disponibles en temps réel dans l’application afin que les coursiers puissent les consulter dès qu’ils le souhaitent. Lorsque les coursiers partenaires choisissent de travailler avec l’application Uber Eats, ils sont libres de choisir, quand, où et s’ils veulent se connecter à l’application. Nous n’imposons aucun créneau ni aucune zone. Ce sont des indépendants et ils font en fonction de leur emploi du temps. Dans certains pays, comme la France ou l’Angleterre, la fonctionnalité «pourboire» a également été mise en place et permet ainsi aux coursiers de percevoir plus lors de chaque livraison.

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Il semble aussi très difficile, pour Uber Eats, de gagner de l’argent sur ce marché.

Nous sommes très optimistes. Le marché ne cesse de croître et la demande est extrêmement forte. Nous allons fêter notre 3e anniversaire en décembre et les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2017, nous avons livré des plats pour une valeur totale de 6 milliards de dollars, nous avons plus de 160 000 restaurants partenaires, nous sommes présents dans plus de 350 villes, nous couvrons plus de 50% de la population américaine et visons les 70% d’ici à la fin de cette année.

Récemment, les rumeurs vous voyaient racheter le groupe britannique Deliveroo, lui-même déficitaire. Le marché va-t-il se consolider?

Il y a de la place pour plusieurs acteurs, car le marché croît fortement. Et nous voulons être le leader mondial, c’est une certitude.

Imaginez-vous pouvoir livrer tout type de nourriture?

Oui, et nous travaillons avec les restaurants pour pouvoir garantir une expérience de livraison optimale en réfléchissant avec eux à certains packagings dédiés comme pour les glaces, par exemple. Prenez McDonald’s: nous livrons actuellement des plats issus de plus de 9000 de leurs restaurants. Récemment, le directeur de McDonald’s a affirmé qu’aux Etats-Unis 10% du chiffre d’affaires dans les restaurants de la chaîne avec livraison à domicile est généré grâce à l’application Uber Eats. Le temps moyen de livraison est normalement de trente et une minutes. Nous cherchons sans cesse à optimiser ce temps. Cela requiert de notre part des investissements technologiques importants. Et cela nous permet par exemple de livrer des frites qui restent croustillantes et chaudes.

Estimez-vous que les gens sont de plus en plus paresseux et préfèrent se faire livrer que de cuisiner?

Je ne parlerais pas de paresse, mais de changement d’habitudes. Bien sûr, il y a le cliché du couple qui aimerait se faire livrer une pizza un vendredi soir. Mais de très nombreuses familles font aussi appel à nos services pour obtenir des repas complets, variés et sains à faible coût, simplement parce que les parents préfèrent passer plus de temps en famille qu’à cuisiner. Il y a aussi d’autres utilisations de l’application comme se faire livrer un petit-déjeuner au bureau après une séance de sport, un déjeuner entre collègues au bureau, une soirée foot entre amis, etc. Nous souhaitons pouvoir faire partie du quotidien de nos utilisateurs et proposer la meilleure expérience, peu importe le besoin.

Vous comptez plus de 1600 restaurants virtuels au niveau mondial, pensez-vous accroître ce chiffre?

Certainement. Imaginez que vous dirigiez une pizzeria, et que vous aimeriez aussi préparer des pâtes. Changer votre carte physique et les habitudes des clients de votre restaurant n’est pas facile, voire risqué, et prendra du temps. Grâce à des applications comme Uber Eats, ces restaurateurs peuvent être plus flexibles et modifier à l’envi leur carte en ligne et tester de nouvelles recettes. Ils ont ainsi une enseigne virtuelle beaucoup plus complète, souple et innovante. Pour ensuite, pourquoi pas, les proposer dans leur établissement physique.

Imaginez-vous aussi livrer des ingrédients, et pas seulement des plats préparés?

Ce serait une expérience intéressante, et nous réfléchissons chaque jour à pouvoir proposer de nouvelles expériences. Il y a encore tellement de choses à faire sur le marché de la livraison de repas.

Vous avez récemment évoqué la livraison de plats via des drones…

Oui, nous avons reçu des autorisations pour mener des tests à San Diego. Mais il est encore trop tôt pour parler d’un lancement commercial de ce service.