Transports

Uber fait face à une nouvelle concurrence sur la clientèle d'affaires

Avec son nouveau service de voitures de luxe «Premier», Lyft attaque Uber Select en visant la clientèle d'affaires, tout en attirant de nouveaux chauffeurs

A quelques jours d’intervalle, Lyft a confirmé des pertes mensuelles de 50 millions de dollars et lancé son offre de luxe Lyft Premier. Rien d’incompatible selon Saif Benjaafar, directeur de l’initiative sur l’économie de partage à l’université du Minnesota. «La plupart de ces start-up cherchent d’abord à gagner des parts de marché. Leur succès dépend avant tout de leur capacité à construire rapidement une base solide de clients et de chauffeurs,» analyse le professeur. «Pour y arriver, il faut souvent subventionner des deux côtés». Pour reprendre les termes de John Zimmer, cofondateur et président de Lyft, ces pertes spectaculaires s’apparenteraient en fait à de l’investissement.

Un risque limité

Dans le cas de Premier, cet investissement représente un risque limité pour une société valorisée à 5,5 milliards de dollars (11 fois moins que son concurrent Uber). «Les coûts de lancement d’un service de ce type restent modestes puisqu’il n’implique pas l’acquisition de nouveaux actifs», commente Saif Benjaafar. A terme, la start-up aux sept millions de courses annuelles n’exclut pas de fournir elle-même des voitures – l’investissement de 500 millions de dollars du constructeur General Motors en début d’année rend cette option crédible – mais pour le moment, les véhicules concernés tels que la BMW X5, l’Audi A6 ou encore le Cadillac Cascade appartiennent tous à leur chauffeur.

Les chauffeurs, l’un des nerfs de la guerre avec Uber, qui reste l’incontestable numéro un. Plus de personnes au volant impliquent plus de courses potentielles et plus de courses signifient plus de revenus. Les deux rivaux développent d’ailleurs leur propre système de location. Même ceux qui n’ont pas de véhicules adaptés à leurs standards ou pas de véhicule du tout peuvent ainsi conduire ainsi pour eux malgré tout.

Disponible à New York, Los Angeles et San Francisco

Au printemps dernier, John Zimmer annonçait 315 000 chauffeurs en activité dans les 200 villes où opère sa start-up, trois fois plus qu’en août 2015. Premier est un moyen d’élargir cette base de conducteurs potentiels et de diminuer les délais de prise en charge. Avec des courses payées double par rapport au Lyft basique, Premier espère attirer dans ses filets les propriétaires de belles voitures travaillant pour celui qui l’a précédé dans cette niche, Uber Select.

Pour son lancement, Premier a offert 20% de réduction sur les dix premières courses de ses utilisateurs. «De vos séjours d’affaires à vos soirées en ville, c’est l’occasion parfaite d’arriver avec style», promet le site Internet. Les dirigeants de la start-up paraissent convaincus qu’il existe un marché pour leur service de luxe, en tout cas à New York, Los Angeles et San Francisco, les trois villes où Premier est disponible. Sur Bloomberg TV, David Rust, le directeur des opérations, a assuré que 60% des utilisateurs de l’app étaient demandeurs d’une option haut de gamme.

Doublement de la clientèle d'affaires

Lyft Premier cible également une catégorie bien spécifique. Le millenial n’a plus le monopole de l’économie de partage. D’après une étude de Certify, un logiciel de gestion de notes de frais, le nombre de courses sur des sociétés telles qu’Uber ou Lyft au premier trimestre 2016 a doublé par rapport au premier trimestre 2015 pour la clientèle d’affaires. Une clientèle exigeante qui dépense des milliards de dollars en transport chaque année. Le développement de Premier et Select marquent donc une nouvelle étape dans le secteur. «Cela fait clairement partie de l’évolution de l’économie de partage,» estime Saïf Benjaafar. «Cette économie n’est pas condamnée à rester une expérience bon marché. Elle peut aussi offrir une expérience de première classe.»


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