Automobile

Uber est frappé par un nouveau scandale d'espionnage

Le service de transport par véhicules privés a espionné pendant plusieurs mois les chauffeurs de son concurrent Lyft. Celui-ci vient de lever 600 millions de dollars, lui permettant d'être valorisé plus de 7 milliards de dollars

Un scandale de plus est venu cette semaine entacher la réputation d'Uber. La société de transport de personnes par véhicules privés est accusée d'avoir espionné les chauffeurs de son concurrent Lyft, selon le site «The Information», généralement bien informé. Via un logiciel baptisé «Hell» («enfer» en français), Uber était capable d'obtenir des avantages concurrentiels et de mieux fidéliser ses chauffeurs, tentés de travailler pour les deux sociétés. 

Les révélations autour de «Hell» font suite à plusieurs scandales liés à l'utilisation, par Uber, de logiciels de contrôle et d'espionnage. Il y eu le système appelé «God View» (vue de Dieu, en français) ou «Heaven» («paradis»), qui permettait aux employés de la société de tracer non seulement ses chauffeurs, mais aussi ses clients. Des célébrités, des ex petites amies et des journalistes avaient ainsi été pistés. Il y eu aussi «Greyball», un logiciel permettant à certains chauffeurs d'éviter d'être repérés par les autorités – l'affaire avait été révélée par le «New York Times» début mars.

Faux profils de clients

«Hell» a été utilisé par Uber entre 2014 et début 2016. Il permettait à la multinationale américaine de créer de faux profils de clients de Lyft, simulant leur présence dans plusieurs points d'une même ville. Lyft n'est actif qu'aux Etats-Unis. Le logiciel offrait à Uber de voir quels étaient les huit chauffeurs de Lyft les plus proches. En répartissant ces faux clients dans une ville entière, Uber pouvait ainsi cartographier précisément les chauffeurs de Lyft et savoir quels prix ils pratiquaient.

En parallèle, des ingénieurs d'Uber ont réussi à trouver les identifiants numériques et uniques de chauffeurs de son concurrent, permettant de connaître leurs habitudes, leurs endroits préférés et leurs courses les plus fréquentes. Ces informations ont permis à Uber de savoir quels conducteurs travaillaient pour les deux sociétés en même temps. Du coup, la société  a pu offrir des avantages financiers à certains de ses chauffeurs pour qu'ils cessent de travailler pour Lyft.


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Valeur de plus de 7 milliards

Selon «The Information», seul une poignée d'employés d'Uber connaissait l'existence de «Hell», dont le directeur et cofondateur Travis Kalanick, des membres de la direction et des ingénieurs. Contacté par le site d'information, Uber n'a pas voulu répondre alors que Lyft a affirmé que «nous sommes dans un secteur très concurrentiel. Cependant, si ces nouvelles sont justes, elles sont très inquiétantes.» Des suites judiciaires sont possibles.

Alors que la société de Travis Kalanick cherche toujours un responsable opérationnel pour épauler son directeur, Lyft progresse au niveau de son financement. Cette semaine, la société a levé 600 millions de dollars supplémentaires, notamment via le fonds d'investissement KKR. La valorisation de Lyft atteint désormais 7,5 milliards de dollars (autant en francs), alors que celle d'Uber est estimée à 69 milliards de dollars. Lyft, qui compte comme actionnaire la société de e-commerce chinoise Alibaba, la société de transport chinoise Didi Chuxing ou encore General Motors, a vu sa valorisation bondir avec ce nouveau tour de table. L'année passée, Lyft valait 5,5 milliards de dollars. Jusqu'à présent la société, active uniquement sur sol américain, avait levé 2 milliards de dollars. A titre de comparaison, Uber a levé environ 11 milliards de dollars.

Pertes pour les deux sociétés

Comme son concurrent Uber, Lyft perd encore de l'argent. Selon l'agence Bloomberg, Lyft a réalisé un chiffre d'affaires de 700 millions de dollars l'an passé, pour une perte de 600 millions de dollars. De son côté, Uber devait avoir perdu l'année passée, toujours selon Bloomberg, 3 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 5,5 milliards de dollars.

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