Rémunérations

Uber fait mieux que la moyenne dans les écarts salariaux

Les femmes conductrices gagnent 7% de moins que les hommes, contre 12% en moyenne dans l’économie américaine. Ce décalage étonne, les tarifs étant fixes. L’Université Stanford a analysé les revenus de près de deux millions de chauffeurs pour comprendre pourquoi

Les conductrices d’Uber ont au moins un avantage sur le reste de l’économie: l’écart salarial entre hommes et femmes y est inférieur à la moyenne américaine (7%, contre 12% en général). Pourtant, le différentiel persiste, alors que les tarifs sont fixes et qu’il n’y a pas de négociations possibles.

L’entreprise s’est demandé pourquoi, de même que des chercheurs de l’Université Stanford, qui viennent de publier une étude, se basant sur les revenus de près de deux millions de chauffeurs aux Etats-Unis, dont un demi-million environ de conductrices. La question est d’autant plus importante que le nombre d’employés de la gig economy, ou économie de partage, ne cesse d’augmenter et que des experts l’ont jugée plus favorable aux femmes en raison de sa flexibilité.

Préférences, expérience et vitesse

L’étude a identifié trois raisons pour expliquer les différences de revenus, en chiffres absolus, de 21,28 dollars par heure pour les hommes à 20,04 pour les femmes. La première est liée aux préférences spatiales et temporelles. «Les revenus par heure varient en fonction des lieux et des moments de la semaine et les hommes ont tendance à conduire davantage dans des endroits plus lucratifs», ont découvert les chercheurs.

La deuxième est liée, elle vient de l’expérience sur la plateforme. «Même dans la production relativement simple de trajets pour des passagers, l’expérience passée a une valeur. Un conducteur qui a déjà effectué 2500 trajets dans sa carrière obtient un revenu de 14% supérieur par heure à celui qui en compte moins de 100, en partie parce qu’il apprend où et quand conduire et comment annuler stratégiquement les courses et quand les accepter», poursuivent les auteurs. Plus souvent au volant, en moyenne, les hommes apprennent ces astuces plus rapidement.

Enfin, la vitesse compte. Même si elle est minime: les hommes conduisent 2,2% plus vite que les femmes. Mais cela suffit à expliquer la moitié de l’écart de revenus, d’après l’étude. Car plutôt que de favoriser un revenu par trajet plus élevé – les chauffeurs sont payés en distance et en durée des courses –, une vitesse plus faible freine la personne qui voudrait prendre des courses supplémentaires.

Deux enseignements

On peut en tirer deux conclusions, l'une directe et l’autre plus indirecte. La première, comme le précise l’étude de l’université américaine, est que «pendant que la gig economy croît et apporte davantage de flexibilité dans l’emploi, le relativement important coût d’opportunité pour les femmes du temps de travail non payé et les différences de préférence basées sur le genre peuvent perpétuer un écart salarial même en l’absence de discrimination».

La deuxième conclusion concerne l’ensemble de l’économie. Le travail effectué pour comprendre les écarts dans le cas d’Uber confirme une autre observation que les spécialistes du domaine ont souvent relevée: une fois qu’on a tenu compte des heures de travail, des interruptions de carrière et de l’expérience, il existe une partie inexpliquée, et donc probablement liée à des discriminations, d’environ 40% de l’écart salarial. Or, c’est à peu près la différence (46%) entre les 7% qui apparaissent chez Uber et les 12% que reflète l’ensemble de l’économie.


Vers un statut hybride en Suisse?

Les chauffeurs Uber pourraient bénéficier d’un nouveau statut en Suisse, d’après des informations de la RTS. Ce statut hybride, entre salarié et indépendant, pourrait s’appliquer à toutes les plateformes similaires à celle de la start-up californienne. Cette proposition de «travailleur de plateforme» vient du Conseil fédéral, qui a répondu jeudi à un postulat du PLR.

L’idée serait ainsi de permettre à la personne d’obtenir une couverture sociale, qui resterait néanmoins plus faible que celle des employés traditionnels. Dans son postulat, le PLR souhaite même la réduire au minimum. Reste aussi à déterminer qui pourra bénéficier de ce statut et selon quels critères.

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