Technologie

Uber s’attaque au fret routier

La société californienne de mise en relation entre chauffeurs et particuliers veut simplifier la vie des chauffeurs routiers avant le déploiement des poids lourds autonomes de sa filiale Otto

Après les taxis, les poids lourds. Depuis le printemps, Uber teste une nouvelle plateforme, baptisée Freight, qui transpose au transport de marchandises les recettes qui ont fait son succès mondial. Le marché est immense: 800 milliards de dollars par an aux Etats-Unis (772 milliards de francs) et 300 milliards d’euros en Europe (340 milliards de francs). Et il n’a pas encore véritablement bouleversé par les dernières innovations technologiques.

Lire aussi: La course au camion autonome est lancée

Le service se présente sous la forme d’une application mobile, qui met en relation des entreprises ayant besoin de livrer des marchandises avec des transporteurs ou des chauffeurs routiers indépendants. Ces derniers naviguent entre différentes missions recensant l’itinéraire, la distance à parcourir, le contenu de la cargaison et la rémunération qui leur sera versée. Comme pour l’application de VTC, les tarifs varient en fonction de l’offre et de la demande.

Remplacer les cabinets de courtage

Uber cherche ainsi à remplacer les traditionnels cabinets de courtage. L’automatisation de cette tâche encore essentiellement manuelle présente un double intérêt. D’abord, réduire les coûts et donc les commissions prélevées. Ensuite, accélérer le processus. «Ce qui prenait plusieurs heures et de multiples coups de téléphone peut désormais se faire en touchant un bouton», se félicite Eric Berdinis, le responsable du développement d’Uber Freight.

Lire également: Uber, symbole de l’économie «privative»

L’application pourrait également permettre de limiter les parcours à vide, qui représenteraient près d’un tiers des kilomètres parcourus par les poids lourds. Soit autant de gains potentiels de productivité. En outre, Uber souhaite mettre à profit ses algorithmes informatiques pour proposer des livraisons personnalisées aux chauffeurs, en fonction de leur domicile, de leurs préférences ou de leurs précédents trajets. Une notification est alors envoyée sur leur smartphone, leur proposant d’immédiatement accepter une mission.

Accélérer les paiements

Enfin, l’entreprise californienne promet de simplifier le paiement. Les transporteurs et les chauffeurs n’ont en effet plus besoin d’adresser des factures à leurs clients, puis d’attendre au minimum un mois. Leur rémunération leur est versée automatiquement sous sept jours.

Lire aussi: De San Francisco à Singapour, les taxis autonomes se multiplient

Malgré son image de marque et sa force de frappe financière, Uber n’arrive cependant pas en terrain conquis. Plusieurs plateformes concurrentes l’ont précédé sur ce marché. C’est notamment le cas de Convoy, une start-up basée à Seattle. En juillet, elle a levé 62 millions de dollars, attirant des investisseurs prestigieux comme Bill Gates, le fondateur de Microsoft, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, et Marc Benioff, le directeur général de Salesforce. Convoy prévoit d’utiliser ses fonds pour étendre son service à l’ensemble du territoire. Transfix et uShip ont aussi récolté plusieurs dizaines de millions de dollars. Et Amazon lorgnerait également ce marché.

Face à cette concurrence, Uber a décidé d’accélérer. Début août, la société a annoncé la prochaine extension de son programme d’expérimentation, jusqu’alors limité au Texas, à six nouveaux Etats américains. A plus long terme, elle mise surtout sur les camions sans conducteur. L’an passé, Uber a ainsi dépensé 500 millions de dollars pour racheter la start-up américaine Otto, qui développe des poids lourds autonomes. Fin 2016, Otto a réalisé une première livraison. Dans le Colorado, son prototype a parcouru près de 200 kilomètres pour acheminer 50 000 canettes de bière.

Publicité