Travis Kalanick est-il au bout du rouleau? Le cofondateur et directeur général d’Uber nuirait plutôt à l’image de son entreprise. Le conseil d’administration d’Uber s’est donc réuni ce dimanche matin pour discuter de son congé sans solde, rapporte le New York Times.

Lire aussi: «Le système Uber est un cercle vertueux»

Les administrateurs de la start-up californienne doivent aussi se pencher sur les recommandations du rapport de l’ex-procureur général américain Eric J. Holder. Une enquête de plusieurs mois – des centaines d’employés Uber ont été interrogés - portant sur la culture de l’entreprise. La séance, prévue dans les locaux du groupe à Los Angeles, est censée durer au total plusieurs heures.

Harcèlement, sexisme, vols de technologies et litiges en tous genres: les déboires s’accumulent pour le géant technologique américain. Ce dernier, qui a démarré en 2010, n’est pas coté en bourse, mais est valorisé à hauteur de 70 milliards de francs, sur la base des levées de fonds réalisées auprès d’investisseurs. Il fait aussi face à de grosses pertes financières (2,7 milliards en 2016). S’il domine pour l’heure le marché, son concurrent Lyft – fondé en 2012 – joue la carte de l’entreprise «modèle» et multiplie les partenariats avec constructeurs automobiles et concepteurs de logiciels.

Un chapelet de graves accusations

Dernier scandale Uber en date: Eric Alexander, un responsable d’Uber qui a depuis été renvoyé, avait récupéré le dossier médical d’une femme violée en 2014 par un chauffeur Uber à New Delhi. Il l’aurait ensuite confié au patron du groupe Travis Kalanick, dans le but de discréditer son témoignage, selon des médias américains. L’agresseur de la jeune femme avait été condamné à perpétuité l’année suivante.

Ce nouveau départ chez Uber intervient alors que la société est dans la tourmente depuis de nombreux mois. Certains salariés y dénoncent le fait de tolérer une culture sexiste, violente et de débauche. Uber s’est toutefois lancé dans une vaste enquête interne sur ces sujets. La multinationale a indiqué mardi avoir mis à la porte 20 salariés, à la suite de 215 plaintes au sein du groupe, faisant état pour certaines de harcèlement sexuel ou de discrimination.

Autre facteur de troubles: Amit Singhal, directeur technique du groupe, avait démissionné fin février. Il a plus exactement été contraint au départ pour avoir caché la plainte pour harcèlement sexuel qui l’avait visé chez Google, son précédent employeur. Mieux: Jeff Jones, un autre responsable, a quitté ses fonctions en mars. Soit environ six mois après avoir été embauché par Uber, pour des désaccords sur la stratégie de l’entreprise.

Personnalité haute en couleur

Face à cette avalanche de polémiques et de défections, l’entreprise basée à San Francisco a annoncé ces derniers jours l’embauche de deux femmes pour tenter de redorer son blason: une professeure d’économie à Harvard, Frances Frei, et une ancienne responsable marketing d’Apple, Bozoma Saint John. «Je sais où je mets les pieds», déclarait cette dernière dans une interview au site spécialisé Recode. En référence aux nombreuses polémiques qui entourent le groupe, la responsable affirmait vouloir améliorer l’image de marque d’Uber.

Mais pour l’analyste Robert Enderle (Enderle Group), le «plus gros problème» d’Uber est financier. En 2016, le groupe a perdu plus du tiers de son chiffre d’affaires de 6,3 milliards de francs. Il paraît donc «difficile de régler des problèmes tant que l’entreprise perd autant d’argent». Et tant que son PDG Travis Kalanick est en place: «Il semble que la plupart des problèmes viennent de lui», poursuit l’analyste.

Travis Kalanick, patron à la personnalité réputée fougueuse, enclin à la confrontation et prompt à plaisanter sur ses conquêtes féminines, avait dû présenter d’humiliantes excuses en mars après une altercation avec un chauffeur de sa propre société, indiquant «avoir besoin d’aide» et rechercher un numéro deux pour l’épauler.

Multiples fronts judiciaires

Autre souci pour Uber: le groupe est poursuivi par une filiale d’Alphabet (Google) dans une affaire de vols de technologies. En février, Waymo, qui est chargée du développement des voitures autonomes du géant d’internet, a déposé plainte contre l’un de ses anciens responsables, Anthony Levandowski. Cette entité l’accuse d’avoir dérobé des données techniques, quand celui-ci avait fondé sa propre entreprise – Otto –, rachetée ensuite par Uber. Le groupe avait annoncé fin mai avoir renvoyé Anthony Levandowski, lui reprochant de ne pas vouloir coopérer avec l’enquête ouverte à la suite de cette plainte.

Toujours sur le front judiciaire, le gouvernement américain a ouvert une enquête pénale contre la start-up californienne, soupçonné d’avoir utilisé un logiciel pour permettre à ses chauffeurs d’éviter de se faire repérer par les autorités dans les zones dont il est exclu. Présent dans 500 villes dans le monde, Uber fait régulièrement face à des problèmes juridiques avec ses chauffeurs (sous-payés à New York), avec les taxis (en France, en Pologne, en Espagne…) ou avec les autorités des pays concernés.

Pire: en mai, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait estimé qu’Uber devait disposer de licences et agréments au même titre que les taxis ordinaires pour pouvoir exercer, remettant en cause le modèle de fonctionnement du groupe.