«Nous avons démarré très tard et dans un marché mature nos activités en gestion institutionnelle. Mais aujourd'hui, quatre ans et demi plus tard et avec une masse sous gestion de 4 milliards de francs, nous sommes devenus pour les professionnels une alternative dans ce domaine…» Coresponsable de UBP Gestion Institutionnelle SA (UBPGI) avec Serge Ledermann, André Gigon motive ainsi l'important pas en avant que vient de faire cette filiale spécialisée du groupe bancaire d'Edgar de Picciotto.

De fait, UBPGI n'a pas seulement attiré une équipe complète de trois spécialistes de Pictet & Cie (voir nos éditions du vendredi 2 juillet). Le Temps peut aujourd'hui confirmer qu'elle s'est aussi attirée les services, dès le 1er septembre prochain, de deux spécialistes de la gestion sectorielle venus de Darier Hentsch & Cie, Stefano Carbonin et Bertrand Mueller. Par ailleurs, cette entité a prouvé sa crédibilité: elle vient de recevoir un mandat de 165 millions pour la gestion active d'une partie du portefeuille en actions suisses de la caisse de compensation de l'AVS (voir ci-dessous). Enfin, le groupe UBP vient d'en signifier l'importance stratégique en nommant à sa direction générale Serge Ledermann et André Gigon.

En Suisse, le marché de la gestion institutionnelle est dominé par l'UBS et le CSAM. En Suisse romande, où on peut domicilier environ le tiers des actifs institutionnels suisses sous gestion, le leader reste Pictet & Cie avec des fonds gérés de 33 à 35 milliards. A distance, on trouve Lombard Odier & Cie, avec 16 à 20 milliards d'actifs institutionnels, puis le groupe Banque Cantonale Vaudoise (18,5 milliards). Vient ensuite un grand trou en termes d'actifs puisque le spécialiste suivant en gestion institutionnelle est UBPGI avec 4 milliards d'actifs. Ce dernier est sans doute au coude à coude avec le département spécialisé de Darier Hentsch & Cie qui gère, selon les estimations, entre 3 et 5 milliards. Actuellement, c'est dans le trou entre la BCV et UBPGI que cherchent à s'infiltrer des acteurs alémaniques de moyenne taille comme la Banque Sarasin & Cie de Bâle ou la filiale spécialisée du groupe zurichois Julius Baer.

La position et la stratégie de UBPGI sont suivies avec d'autant plus d'attention par leurs concurrents que le duo Serge Ledermann-André Gigon, qui a initié cette activité en mai 1995, est aujourd'hui devenu une équipe structurée. Celle-ci compte 32 personnes, si on y inclut les trois arrivants de Pictet & Cie, le duo de Darier Hentsch & Cie et encore deux spécialistes pour renforcer le back office de UBPGI dans le contrôle et l'informatique. Ces mouvements sont d'autant plus intéressants qu'ils concernent le cœur de l'activité de gestion institutionnelle, à savoir la gestion et l'allocation des actifs, qui sont la substantifique moelle dont les clients institutionnels sont les premiers bénéficiaires. On l'a déjà dit: Alain Freymond, Fernand Garcia et Dominique Casaï, une équipe presque complète spécialisée dans l'allocation des actifs chez Pictet & Cie, viendra chez UBPGI structurer des portefeuilles balancés. Cette expertise appréciée des institutionnels y manquait. Cela pourra libérer des compétences pour développer de nouveaux produits et promouvoir plus activement la gestion sectorielle.

Cette dernière spécialité, elle aussi toujours plus prisée dans les milieux institutionnels, sera confiée plus particulièrement aux deux spécialistes venus de Darier Hentsch & Cie. Stefano Carbonin et Bertrand Mueller, jusqu'ici gestionnaires du fonds sectoriel DH Cyber Fund, seront chargés chez UBPGI d'identifier les secteurs qui génèrent une croissance supérieure et créent de la valeur. Ils devront également, en partenariat ou non avec des spécialistes des domaines identifiés, créer de nouveaux produits et y investir pour la clientèle. Ces deux arrivées laissent prévoir que la concurrence dans la gestion dite spécialisée pour les institutionnels va s'accroître en Suisse romande. De fait, UBPGI devrait rapidement pouvoir développer les portefeuilles dédiés de sa clientèle, lui proposer de nouveaux fonds de placement et agrandir sa gamme de produits thématiques. Dans ce sens, la démarche déjà faite dans le développement durable risque de ne pas rester isolée.

Ce développement, très méthodique et professionnel de UBPGI qui a été la première en Suisse romande à devenir une entité juridique indépendante de son groupe bancaire, séduit les clients. Prônant la gestion de patrimoine comme son apport en valeur ajoutée, elle les laisse libres du choix de leur administrateur des fonds (40% sont administrés hors du groupe). La part des mandats et de la gestion active y est aussi très importante, ce qui conforte la rentabilité de la filiale. Si, par ailleurs, UBPGI coiffe aussi les fonds de placement du groupe, elle le motive par une politique d'image. «Nous voulons que la gestion déléguée soit faite depuis Genève», explique André Gigon. Cette volonté d'ancrage local a fait que «le premier milliard de mandats qui nous ont été confiés a été totalement genevois».

Aujourd'hui, même si la caisse de pension d'Alusuisse Lonza de Zurich lui a donné des fonds à gérer, ce qui confirme le démarrage de son antenne alémanique active depuis moins d'un an, UBPGI aligne surtout ses références dans la Cité de Calvin. Ainsi, la plus grosse caisse de pension du canton, la CIA, ou encore la caisse maladie Intras font partie des institutionnels qui font confiance à son idée de la gestion. L'avenir? «Nous avons certes grandi plus vite que prévu», note André Gigon, «mais cela nous donne aussi un effet de levier en termes de crédibilité». D'ici à cinq ans, il voit son activité naviguer du côté des 10 milliards de francs. D'ici là, les professionnels l'auront peut-être vu aussi être complétée de deux éléments importants. D'une part, une structure favorisant le libre passage. De l'autre, de quoi permettre l'analyse de la concordance entre les actifs et les passifs des bilans des caisses clientes avec l'aide d'un actuaire.