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UBP rachète les activités de banque privée internationale de Lloyds

Union Bancaire Privée (UBP) annonce une nouvelle importante acquisition en matière de gestion de fortune. Guy de Picciotto, son CEO, répond aux questions du «Temps»

Le Temps: Union Bancaire Privée (83 milliards de francs d’actifs sous gestion à fin avril 2013) est un des acteurs de la consolidation bancaire en Suisse. Après la reprise d’ABN AMRO Suisse – 11 milliards d’euros d’actifs sous gestion – annoncée en août 2011, vous vous êtes porté ce mercredi acquéreur d’un nouvel établissement…

Guy de Picciotto: Nous rachetons les activités de banque privée internationale de Lloyds Banking Group, sauf Miami. Cela représente 10 milliards de francs de clientèle.

– Pourquoi ce choix?

– Lloyds est une banque installée de longue date dans ce pays [elle est active depuis 1919 à Genève, ndlr], elle appartient depuis des décennies au paysage suisse. La banque jouit d’équipes de grande qualité, ainsi que de compétences et d’expertises reconnues. C’est une clientèle qui est habituée et familière des services de gestion de fortune offerts dans notre pays. C’est aussi une clientèle largement conforme fiscalement, similaire dans ses attentes et ses besoins à notre propre clientèle. Lloyds TSB Private Banking International est présent en plusieurs points dans le monde: sa clientèle est essentiellement d’origine européenne, d’Amérique latine et du Moyen-Orient.

– Lloyds est-il un établissement qui fait partie des banques actives en Suisse dans la gestion de fortune qui ont vu leurs marges s’éroder ces dernières années, voire qui n’ont pu atteindre le break-even [seuil de rentabilité, ndlr]?

– De nombreux établissements ont vu leurs marges s’éroder ces dernières années. Dans nos activités, les marges d’intérêt se sont en effet fortement réduites et donc, pour nombre d’établissements de taille moyenne ou petite, il est de plus en plus difficile d’atteindre le break-even.

– Quel est le montant de la transaction?

– Le montant de la transaction est en ligne avec les conditions actuellement en vigueur sur le marché. Nous laissons à Lloyds le soin de cette communication [la Lloyds a communiqué un prix de 100 millions de livres, soit environ 145 millions de francs, ndlr].

– Quelles conséquences pour l’emploi?

– Nous ne rachetons pas la banque. Nous reprenons la clientèle et nous reprenons donc aussi le personnel en charge de cette clientèle. Chaque acquisition génère des synergies. En nombre d’emplois concernés par cette reprise, je ne peux aujourd’hui formuler un chiffre précis. Il y a plusieurs étapes dans l’opération, dont, par exemple, la reprise d’activités à Gibraltar et à Monaco. Et pour pouvoir exercer une activité bancaire en Principauté, nous devons demander une licence réglementaire. Cela peut prendre quelque temps. C’est donc au terme de toutes les opérations que nous aurons une vue complète sur le nombre de collaborateurs repris et il est trop tôt pour évoquer des chiffres précis.

– L’immeuble place Bel-Air à Genève fait-il partie de la reprise?

– Non, il n’y a pas de reprise d’immeubles dans l’opération. Nous reprendrons par contre la location de l’immeuble de la rue du Rhône.

– Maintiendrez-vous les activités de back-office de Lloyds déplacées il y a peu à Eysins ou les ramènerez-vous à Genève? Ou, au contraire, une partie des activités d’UBP pourrait-elle rejoindre Eysins?

– Le moment venu, nous souhaitons ramener les activités à Genève.

– Dans le communiqué des résultats de 2012, vous vous déclariez comme l’une des banques suisses les mieux capitalisées. En opérant ce rachat, n’érodez-vous pas votre solidité financière?

– Il n’y a aucune érosion de solidité. Avec 1,7 milliard de fonds propres, notre base financière est solide et saine. Nous continuons à nous imposer comme l’une des banques privées les mieux capitalisées avec un ratio Tier 1 supérieur à 30%.

– Moins de deux ans après une acquisition conséquente et quelques mois après la reprise d’une partie de la clientèle de la banque espagnole Santander en Suisse et de celle de Nexar Capital dans la gestion alternative, n’est-ce pas précipité d’engager une nouvelle intégration?

– Nous avons intégré les activités d’ABN AMRO Suisse rapidement. Nous avons à l’interne un savoir-faire, une expérience et une structure informatique qui permettent de mener à bien et rapidement de telles opérations. Deux ans après la reprise d’ABN AMRO, nous avons la conviction que nous pouvons saisir cette opportunité. Sans aucun doute, notre expérience en la matière, nos équipes qui ont vécu de telles phases et qui connaissent toutes les étapes majeures de ces processus, notre système informatique qui a déjà traversé sept ou huit intégrations nous donnent un avantage concurrentiel. Et Lloyds a certainement été sensible à cet atout en favorisant notre offre.

– Cette reprise engagée, êtes-vous encore en lice pour d’autres prochaines acquisitions? En d’autres mots, la période d’expansion demeure-t-elle ouverte?

– Nous sommes toujours ouverts à des acquisitions. Nous avons des équipes de grande qualité au sein de la banque, qui ont une longue expérience en matière d’intégration. Evidemment, nous avons besoin d’un peu de temps pour gérer ces acquisitions et les mener à bien car elles mobilisent un grand nombre de collaborateurs mais, à terme, UBP peut envisager d’autres acquisitions.

– Par exemple, êtes-vous encore en lice pour la reprise de la BSI?

– Nous n’avons jamais été en lice pour la reprise de la BSI.

– Vous êtes-vous fixé un niveau stratégique de masse sous gestion à atteindre à un horizon de cinq ans par exemple?

– Nous n’avons pas de tel plan de route. Le marché est tel aujour­d’hui qu’il y a des changements qui induisent des opportunités. Il s’agit de savoir les saisir. Plus qu’un niveau, c’est un développement que nous poursuivons. Pour donner un exemple de l’évolution du marché, il y a cinq-six ans on s’échangeait des reprises d’activité à 4 ou 5% sur les avoirs. Aujour­d’hui, les opérations se font à 1 ou 1,5% avec très peu d’acteurs…

– Autre question d’actualité en marge de ce deal: UBP, votre établissement, est-il concerné par l’accord global avec les Etats-Unis?

– Je pense que toutes les banques sont concernées par cet accord. Mais aujourd’hui, je ne souhaite pas en dire davantage, ne connaissant pas le contenu de l’accord qui devrait être signé très prochainement. Avec cette acquisition que nous annonçons ce jour, nous consolidons encore notre position et nous montrons que nous croyons fortement à l’avenir de la gestion de fortune en Suisse.

«Nous montrons que nous croyons fortement dans l’avenir de la gestion de fortune en Suisse»

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