Les fonds indiciels ne font pas uniquement un tabac sur le marché des actions où ils se présentent comme une solution de remplacement moins onéreuse aux fonds de placement traditionnels. Ils remportent également un franc succès dans la gestion alternative. «Le quart de l'argent qui s'investit dans les hedge funds depuis septembre 2003 opte pour les produits indiciels», selon John Godden, le représentant en Europe de Hedge Fund Research, la société américaine à l'origine des indices HFR. Standard & Poor's, qui avait lancé le tout premier véhicule de ce type en 2002, a plus que triplé, à 3 milliards de dollars, sa masse gérée depuis le début de l'année. En moins d'un an, les produits indiciels sont devenus de sérieux concurrents pour les fonds de fonds.

Cet engouement a quelque chose de paradoxal dans une industrie qui se voue au rendement absolu plutôt qu'au «benchmarking» et où la pertinence des indices demeure l'objet d'une âpre controverse. Ces considérations n'ont pas arrêté UBP (Union Bancaire Privée), dernière en date à se lancer sur le créneau avec un certificat sur les indices HFR émis par la Dresdner Bank Switzerland.

«Ce produit répond aux besoins de transparence et de liquidité des investisseurs. C'est pour eux un moyen souple et rapide de prendre une exposition aux hedge funds», a expliqué, mardi lors d'une conférence de presse, Michel Girardin, conseiller économique d'UBP. Ce produit, en d'autres termes, a pour but essentiel de vaincre les dernières appréhensions des caisses de pension et des particuliers à confier une partie de leur fortune à des hedge funds.

Côté transparence, l'argent ne sert pas à acheter des parts de hedge funds souvent rétifs à dévoiler leurs stratégies; il est au contraire crédité sur un «compte géré» auquel la banque a accès à tout moment. «On a ainsi une visibilité totale et immédiate sur toutes les positions», assure Christophe Aletti, responsable des produits structurés à UBP. Côté liquidité, Dresdner devra veiller que le certificat, coté à la Bourse suisse, puisse être cédé sous 24 heures à son prix d'inventaire. En général, les hedge funds classiques ne permettent des remboursements que mensuels, voire trimestriels dans certains cas.

Ces avantages ne sont pas gratuits: L'écart entre les cours d'achat et de vente pourra aller jusqu'à 2%. En outre, une commission annuelle de 2% sera prélevée en plus de la rémunération individuelle des gérants de hedge funds. Celle-ci est de 2% plus un cinquième de la performance. C'est-à-dire qu'une performance effective de 10% sur une année pourra résulter pour l'investisseur en un gain net de 4%.

«Ces tarifs sont supérieurs à ceux de nos fonds de fonds qui font pourtant l'effort de sélectionner les meilleurs gérants», remarque un responsable de la gestion alternative dans une banque privée à Genève. En sa qualité d'indice, le certificat d'UBP ne cherche pas à optimiser sa performance, mais à être représentatif de l'univers des hedge funds. «Pour cela, HFR élimine les gérants qui s'écartent trop de la moyenne, que leurs résultats soient désastreux ou excellents», précise Michel Girardin. Dans le même esprit, les 76 hedge funds qui constituent l'indice sont uniquement sélectionnés sur des critères objectifs. Les 8 sous-indices dédiés à autant de stratégies font également l'objet de certificats d'investissement spécifiques.

Autre signe du succès de la formule, Credit Suisse a annoncé la semaine dernière l'émission d'une nouvelle tranche de son certificat reproduisant l'indice Tremont. Ce produit, constitué de 60 hedge funds, affiche une performance de – 1,3% entre mars et mai, alors que sur la même période, l'indice Tremont, qui compte 425 hedge funds, a eu un rendement de – 0,53%. En 2004, L'indice HFR s'est apprécié de 1,85%.