«UBS a traversé et terminé sa catharsis», assure Sergio Marchionne, membre du conseil d'administration de la plus grande banque suisse, laquelle est en voie de boucler sa deuxième recapitalisation suite à la crise du crédit. «Mais Fiat a vécu la même catharsis en 2004, année où j'ai pris les commandes de la firme turinoise. Elle perdait alors 2 millions de dollars par jour, week-end compris», ajoute-t-il dans la foulée. Le patron du constructeur automobile italien note qu'il est donc possible de renverser la vapeur très rapidement. La preuve: quatre ans après avoir frôlé la faillite, Fiat a fait bondir son bénéfice de 66% l'an dernier, et le nombre de voitures vendues a touché un plus haut depuis 2000.

S'exprimant jeudi à Lausanne dans le cadre du Forum des 100 de L'Hebdo, Sergio Marchionne a dressé un bref rappel de l'historique de la crise des crédits américains à risques («subprime»). Cette débâcle vient à ses yeux d'un contrôle insuffisant, aux Etats-Unis, des prêts accordés aux futurs propriétaires. «On a écoulé des crédits à des gens insolvables», souligne-t-il. Là-dessus s'est greffé un phénomène nouveau, celui de «la complexification toujours plus grande de l'ingénierie financière». La titrisation des hypothèques a rendu la situation très opaque, au point qu'il n'est pas encore possible aujourd'hui de chiffrer très exactement toutes les pertes.

«Sans précédent»

Sergio Marchionne se refuse pourtant à faire des reproches aux banques, dont «c'est le travail de prendre des risques». La situation actuelle est en outre «sans précédent». Le célèbre redresseur d'entreprises - l'homme a aussi remis sur pied la SGS, qu'il préside encore- ne se défile cependant pas et ajoute que «c'est aux conseils d'administration, dont celui d'UBS, d'instaurer maintenant les contrôles adéquats». La banque y travaille, «mais cela n'empêchera pas que ce type de crise puisse se reproduire, car le capitalisme fonctionne selon le principe de la destruction créatrice».

Parlant de la Suisse en général, Sergio Marchionne affirme que le pays pourrait mieux se vendre, notamment dans le secteur des biotechnologies. «Il y a énormément de compétences qui ne sont pas exploitées», conclut-il.