UBS n’est pas traduit en justice devant le Tribunal correctionnel de Paris sur la base d’une ordonnance de renvoi en procès implacable et documentée. Au contraire: «UBS AG et UBS sont sur le banc des accusés en raison de l’imaginaire collectif qui, en France, considère les banques suisses comme délinquantes», a répété vendredi, devant la presse, l’un des avocats de la banque helvétique, Denis Chemla. «Il n’y a aucune preuve là-dedans, aucune», a pour sa part affirmé son directeur juridique, Markus Diethelm, venu dans la capitale française pour y suivre l’intégralité du procès qui se poursuivra, lundi 15 octobre, avec sa troisième audience.

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Une telle prise de parole de la banque et de sa filiale, accusées de «blanchiment aggravé de fraude fiscale», de «démarchage bancaire ou financier illicite et de «complicité de blanchiment» (pour UBS France) est inédite. Jusque-là, ses porte-parole et ses défenseurs avaient ignoré les journalistes. Changement d’attitude. Une transparence destinée à riposter aux nombreux articles de presse qui, selon UBS, ont déformé la réalité et omis de mentionner les erreurs «multiples et flagrantes» de procédures commises par les juges d’instruction français et le Parquet national financier.

«On enlève la lettre et on oublie tout»

«L’ordonnance de renvoi n’identifie aucune opération de démarchage bancaire illicite et aucun des ex-clients interrogés ne reconnaît avoir été démarché par UBS», poursuit Me Chemla. Lequel ironise: une seule personne citée évoque un «contact» avec des banquiers suisses, alors que les juges d’instruction considèrent, dans leur ordonnance, «99% des capitaux déposés en Suisse comme le résultat de fraudes».

L’un des combats des avocats d’UBS est par ailleurs d’obtenir de la présidente du Tribunal, Christine Mée, que soit supprimée du dossier la reconnaissance de culpabilité d’un des anciens dirigeants d’UBS France, Patrick de Fayet, dont la procédure dite du «plaider-coupable» n’a pas été homologuée par sa prédécesseur: «On enlève la lettre et on oublie tout», propose l’avocat, en citant les «incohérences» relevées dans ce courrier d’aveux. Le courrier de Patrick de Fayet, arrivé à la dernière minute, soulève un point non prévu par la loi, pour l’accusation comme pour la défense.

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L’autre angle de riposte d’UBS est de refuser toute analogie avec les transactions judiciaires ayant conduit la banque, aux Etats-Unis et en Allemagne, à s’acquitter de fortes amendes. Même si, par deux fois (dans le cadre de deux procédures différentes), UBS et la justice française ont tenté de trouver une solution hors procès, les cas ne sont absolument pas comparables, a réitéré Markus Diethelm. «Aux Etats-Unis, nous avions commis des fautes et nous l’avons reconnu», a-t-il expliqué. En Allemagne, la transaction était, selon l’intéressé, la meilleure solution pour la banque, compte tenu des moyens mis en œuvre par les services de police pour débusquer les contribuables fraudeurs. «Notre accord était rationnel», a-t-il affirmé.

«Pas eu de fautes commises en France»

En France? «Rien. On nous reproche en fait d’être des banques suisses qui offrent des services classiques, comme des comptes en poste restante», poursuit le juriste. UBS a néanmoins refusé de confirmer que le montant évoqué sa seconde négociation avec le parquet, dans le cadre d’une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP), dépassait celui de la caution d’un milliard d’euros versée en juillet 2014. «Nous avons choisi de nous défendre au procès, car il n’y a pas eu de fautes commises en France. On les a cherchées, mais il n’y en a pas!» a redit l’actuel patron d’UBS France depuis 2012, Jean-Frédéric de Leusse, arrivé au moment où l’affaire UBS a éclaté. «J’ai tout décortiqué. Mon intérêt était de dénoncer, de sanctionner. Or j’ai tout regardé et je n’ai rien trouvé.»

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Le reste, à savoir les événements marketing organisés en France par la banque en présence de conseillers suisses et présentés par l’accusation comme des opérations de «braconnage» de riches français? «On a le droit de faire de la promotion ou d’assister à des séminaires en France. Rien ne l’interdit», expliquent les avocats d’UBS. Tandis que pour Markus Diethelm, ces accusations ne tiennent pas, car convaincre des clients demande bien plus qu’une invitation à un concert ou à un tournoi de golf: «Nous sommes banquiers. Il faut instaurer la confiance. Ce n’est pas si facile que ça. On ne vend pas des saucisses sur un stand à un Grand Prix de formule 1.» Au Palais de justice de Paris, le stand du procès UBS rouvre lundi à 13h30.