UBS est un groupe aux multiples activités bancaires. UBS Capital, dirigée par Pierre de Weck, est une unité du groupe qui cherche à prendre des participations financières dans des entreprises. L'une des dernières opérations est l'entrée d'UBS (10%) dans le capital de l'italien Campari. Cela a représenté une véritable révolution pour cet emblème de l'apéro à l'italienne, fondé en 1860 qui, jusqu'à présent, avait conservé son empreinte familiale. Objectif: la mise en Bourse à terme de Campari. UBS Capital, qui fait partie d'UBS Warburg, compte 120 personnes regroupées en 13 équipes basées à travers le monde. Elle est l'un des importants acteurs dans le private equity (financement par prise de participation), est dirigée depuis Londres par Pierre de Weck. Entretien.

Le Temps: Comment expliquez-vous la baisse du bénéfice opérationnel, moins 46% en 1999 d'UBS Capital?

Pierre de Weck: Dans les affaires de private equity, nous réalisons un bénéfice seulement lorsque nous vendons une participation. UBS Capital doit donner des chiffres sur une période de douze mois, en même temps qu'UBS. Mais il faudrait plutôt prendre en compte la performance du taux de rendement sur la durée de nos investissements pour avoir une vue correcte de notre activité. Il y a eu beaucoup de ventes en 1997 et 1998, moins l'an dernier, ce qui explique que les gains sont moins importants. En revanche, pendant cette période, nous avons développé la croissance de notre portefeuille. Il y a un changement au premier trimestre de cette année. Nous avons enregistré un bénéfice avant impôts de 114 millions de francs suisses, contre 18 millions au quatrième trimestre de l'an dernier.

– Quelle est la stratégie de la banque, quand elle prend une participation dans une société? Est-ce un investissement à court, moyen ou long terme?

– Nous avons deux créneaux dans le private equity: le «leveraged buy out» (LBO/rachat d'entreprise) et le capital-risque. L'objectif est de créer une plus-value pour la banque et les investisseurs à l'horizon de trois à six ans. Nous avons cinq facteurs principaux pour la création de valeur: premièrement, il faut que le prix d'achat de l'entreprise soit raisonnable. Ensuite, nous cherchons à obtenir une meilleure efficacité dans l'organisation et on cherche à motiver le management en le faisant participer au capital de la société. Nous investissons dans un marché de croissance ou alors nous essayons d'engendrer cette croissance. Quatrièmement, nous utilisons le cash-flow de l'entreprise pour réduire la dette d'acquisition. Finalement, nous vendons l'entreprise ou nous la mettons en Bourse selon nos intérêts stratégiques. La moitié de nos participations sont mises sur le marché, l'autre est vendue. En ce qui concerne le capital-risque, les trois quarts de nos investissements finissent en Bourse.

– A quel moment décidez-vous d'investir dans une entreprise, dans quel type d'activités et à quelle hauteur?

– Notre réseau est constitué d'équipes locales dispersées dans toutes les parties du monde. Nous sommes constamment à la recherche d'acquisitions. Les critères pour investir dans une entreprise sont: qu'elle doit avoir un cash-flow stable, une position défendable sur le marché et un management capable et motivé. De leur côté, les sociétés recherchent auprès d'UBS Capital une nouvelle énergie financière ou ce sont aussi des entreprises familiales qui résolvent leur problème de succession en venant nous voir. Dans un LBO, nous investissons entre 100 millions à un milliard de francs maximum. Dans le capital-risque, notre stratégie est plus ciblée. Nous cherchons à investir dans le domaine Internet, software, dans les technologies de l'information. Comme le risque est plus élevé, nous prenons une participation minoritaire. La fourchette étant dans ce domaine d'un montant entre 3 et 20 millions de francs. Notre portefeuille se répartit aux trois quarts par des LBO et un quart par le capital-risque.

– Quelles sont vos exigences vis-à-vis de l'entreprise dans laquelle vous avez investi?

– Nous avons une majorité dans le conseil d'administration. Nous élaborons en partenariat avec le management – qui est toujours intéressé en ayant 10 à 20% de stock-options ou par un investissement direct selon la capacité financière des dirigeants – une stratégie de création de valeur. Nous mettons en place une nouvelle structure. Une fois cette stratégie mise en place, l'influence de la banque diminue jusqu'au moment de sa sortie, par la vente ou la mise en Bourse de l'entreprise.

– Pourquoi UBS Capital est plutôt basée à Londres qu'à Zurich?

– Notre activité se déroule à 38% aux Etats-Unis, 36% en Europe, 8% en Asie et 7% en Amérique latine. Il y a deux endroits où il existe une masse critique: à New York et à Londres. Mais l'Europe a un bon fuseau horaire pour faire des affaires pendant les heures ouvrables partout dans le monde.

– Comment expliquez-vous la participation d'UBS dans l'industrie alors que la banque a voulu se dégager de ce secteur ces dernières années?

– Il faut différencier les anciennes activités de la banque avec celles d'aujourd'hui. Auparavant, la banque avait d'habitude des participations minoritaires permanentes, qui servaient à ancrer des relations qui émanaient d'une crise financière de ces sociétés. La Banque cherche toujours à diminuer ce type d'investissement. Le private equity est en revanche une participation temporaire avec une haute création de valeur. La classe des actifs donne aujourd'hui une rentabilité semblable aux actions tout en étant peu corrélée avec la Bourse. C'est seulement au moment d'entrer et de sortir de la société que cette corrélation existe.

– A combien s'élève votre fonds d'investissement en private equity aujourd'hui et quel a été l'effet de la chute des valeurs Internet sur le Nasdaq en avril dernier sur sa performance?

– A 4 milliards de francs suisses. Nous avons créé un fonds l'an dernier pour les Etats-Unis et l'Amérique latine d'un milliard et demi de dollars. A la fin de cette année, nous allons lever un fonds en Europe de 2 milliards d'euros et l'an prochain en Asie d'un milliard de dollars. En tout, le potentiel d'investissement s'élèvera entre 10 à 11 milliards de francs suisses. En ce qui concerne, le revers de la Bourse des valeurs technologiques, nous avons enregistré certaines diminutions de gains non-réalisés sans que ceci ait un effet durable sur notre performance.

– Comment allez-vous répartir les clients de PaineWebber dans UBS Capital?

– PaineWebber a une petite activité aux Etats-Unis de private equity. Nous allons reprendre entièrement leur portefeuille. Nous créerons des produits pour leurs clients et nous utiliserons leur immense réseau de distribution.

– Dans quelle mesure travaillez-vous avec les autres divisions de la banque?

– Il existe beaucoup de ponts entre les différentes divisions de la Banque. UBS Capital est l'un des exemples des synergies qui existent dans le groupe. La clientèle private banking s'intéresse à nos fonds d'investissement. De leur côté, les conseillers financiers ont une vue d'ensemble sur le patrimoine de leurs clients, notamment ils sont en contact avec des familles qui veulent vendre leur entreprise de manière discrète. Nous avons bien sûr aussi une coopération avec UBS Warburg, qui exécute certaines de nos transactions (mise en Bourse, prise de participation dans une IPO, etc.)

– Quels sont les objectifs d'UBS Capital cette année?

– C'est toujours de faire des investissements à rentabilité supérieure. Notre performance nous place dans les 25% du peloton de tête dans le private equity. Nous pensons investir 1,5 à 2 milliards de francs pour le compte de la banque et de nos clients et de le faire de manière optimale à forte plus-value.

La stratégie d'UBS Capital est d'accroître nos investissements dans la Nouvelle Economie. Et de transformer nos activités en fonds d'investissement.