Mark Kuster, originaire de Winterthour, est contraint de changer de banque. Etabli à Cuba depuis 2003, il est confronté à la politique restrictive des grandes banques helvétiques. «Il m'est impossible de transférer de l'argent depuis mon compte suisse géré par Credit Suisse», déplore ce dirigeant de Camaquito, une association d'entraide aux enfants de Camagüey, ville provinciale cubaine. Désormais, il compte faire appel à la Banque cantonale de Zurich.

UBS ne peut lui être d'aucun secours; elle a cessé toute transaction avec Cuba depuis janvier 2006. «Mais le processus de retrait total intervient cet automne», explique son porte-parole. Pour Credit Suisse, c'est un peu plus nuancé. Elle ne fait plus de transactions en dollars avec Cuba. Par contre, elle accepte des transactions en euros ou dans d'autres devises, pour autant qu'elle trouve une banque correspondante sur place.

UBS explique sa décision par des coûts trop élevés de surveillance du respect et de la conformité des règles pour traiter avec des clients de l'île communiste. Pour Credit Suisse, «Cuba fait partie des pays sensibles», explique son porte-parole, sans s'étendre sur ce que cela signifie. De toute évidence, il s'agit des Etats «voyous», expression utilisée par l'administration américaine pour qualifier la Corée du Nord, Myanmar, l'Iran, le Soudan et Cuba.

Selon Carlo Lombardini, avocat d'affaires au barreau de Genève, «les deux banques suisses sont influencées par la vision américaine du monde. Une cessation de transactions avec Cuba leur sera sans conséquence, mais comme elles sont aux Etats-Unis, elles ne veulent pas être en porte-à-faux avec les lois américaines». Manifestement, les deux banques suisses, qui réalisent plus de 30% de leur chiffre d'affaires sur le marché américain, s'alignent sur la politique étrangère américaine et n'hésitent pas à sacrifier certains marchés.

Epée de Damoclès

Il faut le dire que telle l'épée de Damoclès, une loi américaine, la Burton-Helms Act de 1996, appliquée d'abord à Cuba et subséquemment étendue à l'Iran, à Myanmar, à la Corée du Nord et au Soudan, préconise des sanctions pour des entreprises, même non américaines, qui traitent avec ces pays.

Les grandes banques européennes ne suivent pas toutes l'exemple de UBS et de Credit Suisse. HSBC, par exemple, n'a pas d'affaires avec Cuba ou encore avec la Corée du Nord ou le Soudan. Mais il n'y a pas d'interdiction de traiter avec ces pays. Par contre, elle est bien implantée en Syrie et en Iran. «Notre politique n'est pas dictée par les Etats-Unis», affirme son porte-parole à Genève.