Le recul des bourses, la crise de la dette souveraine et l’érosion des marges dans la gestion de fortune constituent un cocktail explosif pour les deux grandes banques helvétiques. A deux semaines de la publication de leurs chiffres au deuxième trimestre, les rumeurs s’intensifient à propos d’importantes suppressions d’emplois dans les deux établissements.

Ainsi, 5000 postes sont «en danger» chez UBS, a affirmé jeudi le Tages-Anzeiger, qui dit s’appuyer sur des sources proches du dossier. La première banque helvétique viserait à réduire ses coûts à hauteur de 1 milliard de francs. Cela représenterait 4% des charges totales de la banque de 24,5 milliards en 2010, dont 17 milliards sont constitués par des coûts du personnel. Chez Credit Suisse, quelque 1000 postes seraient en sursis, indiquait hier la Handelszeitung. Objectif visé par la banque: réduire ses charges de 1,2 milliard, soit 5% des 24 milliards de charges l’an dernier (14,5 milliards en frais de personnel). Hier, l’agence Dow Jones évoquait même un nombre de 1500 postes supprimés chez Credit Suisse, dont 500 dans la gestion de fortune et 600 dans la banque d’affaires. UBS et Credit Suisse n’ont pas commenté ces informations hier.

La tendance va dans le sens d’une réduction du personnel bancaire. Fin juin, UBS a annoncé la suppression de 500 emplois dans l’informatique. L’indice Finews-JobDirectory, qui sert de baromètre de l’emploi bancaire, a stagné en juin, après des progressions régulières depuis l’été 2009. Selon cet indice, le nombre de places de travail à repourvoir chez UBS s’est établi à 487 postes à fin juin, contre 600 places à fin mars et 492 un an plus tôt. Chez Credit Suisse, 378 postes étaient encore libres en juin, davantage qu’à fin mars mais moins qu’il y a un an.

Banque d’affaires coûteuse

UBS et Credit Suisse sont contraintes de réduire leurs charges de personnel. C’est particulièrement le cas pour les activités de banque d’investissements dont la rentabilité n’a pas été à la hauteur des attentes depuis la seconde moitié de l’an dernier. Malgré tout, en 2010, un banquier d’affaires a coûté, selon les calculs du site financier Finews, quelque 400 000 francs en moyenne chez UBS, contre 177 000 pour un employé de l’unité gestion de fortune et banque suisse, dont la division a pourtant été plus rentable. Le même écart est observé chez Credit Suisse où un banquier d’affaires a coûté 388 000 francs l’an dernier, deux fois plus qu’un employé de la division «Private Banking».

Suite aux pressions exercées par les autorités de régulation pour limiter les bonus, UBS a rehaussé en 2009 et 2010 les salaires fixes accordés aux banquiers d’affaires pour tenter de fidéliser ses employés. Avec le retournement des marchés, ces charges plus élevées pèsent aujourd’hui sur les comptes de la banque. UBS a affiché au premier trimestre un rapport coûts/revenus de 73%, contre un niveau d’environ 65% avant l’éclatement de la crise financière en 2007. Chez Credit Suisse, ce même ratio a dépassé les 76% au premier trimestre et en 2010, contre seulement 64% en 2007.