UBS et Credit Suisse se passeraient bien de pareille mauvaise publicité. Les deux banques sont montrées du doigt pour leur implication dans un méga-projet industriel aux conséquences sociales et écologiques douteuses au Bangladesh: l'exploitation d'une mine de charbon à ciel ouvert qui obligerait quelque 200000 personnes à sacrifier leurs habitations et leurs terres. Le projet est piloté depuis une décennie par GCM Resources, une société d'investissements britannique qui opère au Bangladesh sous le nom d'Asia Energy et dans laquelle tant UBS que Credit Suisse possèdent des parts. A hauteur de 11,6% du capital pour UBS (deuxième actionnaire principal) et 3,66% pour Credit Suisse.

Manifestations violentes

La future mine de charbon couvrirait une surface de 60 kilomètres carrés dans la région de Phulbari, bourgade située au nord-ouest du Bangladesh. Près de 600 millions de tonnes du précieux minéral en seraient extraits sur une période de trente ans, rapportant 6 milliards de dollars en royalties au Bangladesh. Surtout, le charbon de Phulbari - qui alimenterait une centrale électrique prévue sur le site - est présenté par Asia Energy comme une solution indispensable à la crise énergétique censée frapper le pays d'ici à vingt ans, faute d'investissements suffisants dans l'exploration de nouveaux champs gaziers.

Politiquement, toutefois, le dossier est gelé depuis 2005. Car, sur le terrain, la mine de charbon suscite colère et violences. Trois manifestants ont été abattus par la police en août 2006. L'opération d'extraction du minéral, prévue à ciel ouvert pour augmenter la rentabilité du projet, impliquerait en effet de faire évacuer et raser... la ville de Phulbari elle-même (60000 habitants) ainsi qu'une centaine de villages environnants. «Nous préférerons nous faire transpercer la poitrine plutôt que de partir», avertissent une trentaine de paysans du hameau de Shahabujpur, en désignant les cultures de riz, maïs et canne à sucre qui s'étendent sur des milliers d'hectares. Asia Energy a promis de reconstruire les habitations à neuf à l'extérieur du chantier, et de dédommager les paysans qui renonceraient à leurs terres. Mais personne n'y croit. «Où Asia Energy trouvera-t-elle des terrains pour reloger les dizaines de milliers d'habitants déplacés? questionne Aminul Bablu, membre du comité local d'opposition à la mine de charbon. Les champs de la région sont parmi les plus fertiles du pays. Personne n'acceptera de s'en séparer, surtout pas en pleine crise alimentaire.»

Engagement à revoir

A ce jour, plus de soixante organisations du monde entier ont écrit aux banques impliquées dans le projet pour qu'elles retirent leurs financements. La Banque asiatique de développement, qui prévoyait un crédit de 100 millions de dollars, a annoncé fin mars vouloir «revoir son engagement». UBS et Credit Suisse, pour leur part, laissent entendre qu'ils n'ont pas effectué d'investissements directs dans la société GCM Resources. «Dans ce genre de cas, UBS tient des participations pour des clients qui font eux-mêmes leur choix», explique Serge Steiner, porte-parole. Réaction d'Anne-Kathrin Glatz, secrétaire politique à la Déclaration de Berne: «Une banque qui promeut la responsabilité sociale des entreprises doit se donner les moyens d'évaluer, et si besoin de refuser, les souhaits de ses clients.»