Le moins que l'on puisse dire, c'est que la première banque suisse a aussi su tirer son épingle du jeu dans le domaine des devises. Lors du lancement de l'euro en 1999, nombre de responsables de ce département dans les banques se demandaient par quelles nouvelles activités ils pourraient compenser les volumes perdus par la fusion de 11 monnaies en une seule. «Ce n'est pas tant le nombre de monnaies qui génère les volumes, mais bel et bien la volatilité, explique Richard Olsen, un acteur majeur de ce secteur basé à Zurich. Car les marchés fonctionnent comme la météo. En période de tempête, la demande de protection augmente.»

Le groupe UBS vient donc de détrôner son concurrent Citigroup, la plus grande banque américaine, en se hissant à la première place sur le marché mondial du négoce de devises, estimé à quelque 1200 milliards de dollars par jour. Ainsi que le souligne une étude récente de Euromoney, le géant bancaire helvétique a réalisé cette performance essentiellement grâce aux ressources de l'informatisation. Ce qui s'est traduit par une réduction des effectifs de moitié dans l'unité concernée. UBS réalise en effet quelque 70% de ses opérations automatiquement, par le biais de l'informatique alors que cette part ne s'élève qu'à 35% pour Citigroup et à 40% en moyenne pour l'ensemble de l'industrie, explique de son côté Greenwich Associates, une société américaine d'analyses et de services financiers citée par l'agence Bloomberg. Or les marges de bénéfice sont évaluées en moyenne dans ce métier à un centième du montant de la transaction dans ce métier.

«Lorsqu'on doit traiter 15 000 transactions en devises par jour générant des marges infimes, l'automatisation est cruciale. Aussi la recherche d'économies d'échelle est-elle devenue pour nous un nouveau modèle d'entreprise depuis trois ou quatre ans», explique Ralph Zurkinden, responsable de l'unité Foreign Exchange Distribution Switzerland auprès de UBS à Zurich. Depuis le choc causé par l'effondrement du fonds spéculatif LTCM en 1998, le groupe a subi une profonde mutation culturelle visant à minimiser le risque. «A l'époque, l'essentiel des opérations sur devises relevait du «proprietary trading», c'est-à-dire qu'elles se faisaient au risque et pour le compte de la banque. Aujourd'hui, la part du proprietary trading a été réduite à 10%» précise Ralph Zurkinden. Ce dernier explique aussi l'essor de UBS dans ce métier par la propension des établissements bancaires à sous-traiter toujours plus les opérations de change pour réduire les coûts. «La gestion du risque de change doit être externalisée. D'ici à cinq ou sept ans, ce marché sera dominé par quelques établissements centrés sur les opérations de gros», prévoit le spécialiste.

«UBS s'est imposé certaines limites dans le proprietary trading. Et cela nous procure un grand confort», commente de son côté Christopher Sullivan, responsable des placements d'une unité des Nations unies qui a fait appel à UBS pour le négoce des devises. Cité par l'agence Bloomberg, ce dernier ajoute: «Il nous fallait un partenaire solide mais disposé à consacrer du temps même pour des comptes comme les nôtres qui ne sont pas très gros.»

En portant sa part du marché à 11,5% en 2003, UBS a donc triplé celle-ci depuis 2001 selon le magazine Euromoney. Quant à Citigroup, qui a dominé le marché du négoce des devises pendant vingt-deux ans au cours des 24 dernières années, il occupe la deuxième place (voir classement ci-dessus). Comme le billet vert a perdu 15% de sa valeur contre l'euro en une année, les sociétés cherchent de plus en plus à se protéger contre les variations de change. La division «Obligations, taux et monnaies» du groupe UBS a généré au cours du 1er trimestre 2003 près des trois quarts (73%) des revenus générés par la banque d'investissement. Si UBS assure que ce domaine est rentable, le groupe ne fournit pas de chiffres précis à ce sujet.