La liste des actionnaires mécontents à propos du plan de recapitalisation de UBS s'allonge. Dimanche dernier, Ulrich Grete, président du fonds de l'AVS, a critiqué le plan de sauvetage proposé par la première banque helvétique le 10 décembre dernier. Il estime que ce programme de recapitalisation, 13 milliards de francs souscrit par le fonds GIC de Singapour et un investisseur du Moyen-Orient, constitue une inégalité de traitement «inacceptable» pour les anciens actionnaires de UBS. Il va même jusqu'à appeler ces derniers à refuser ce plan.

Mercredi, Ivan Pictet montait à son tour au créneau. Le banquier genevois, concurrent de UBS, met en doute le fait que les actionnaires de la première banque suisse acceptent si facilement de renoncer à leur droit préférentiel de souscription.

Pas de date communiquée

Ce dernier point revêtira un aspect crucial lors de l'assemblée générale extraordinaire de UBS prévue en février prochain. «Les actionnaires existants pourront voter sur ce point précis, qui figurera à l'ordre du jour de l'assemblée générale. Ils pourront accepter ou non de renoncer à ce droit de préemption», commente un porte-parole de la banque. Un refus de cette proposition de la part des actionnaires de la banque ferait cependant échouer l'ensemble de l'opération. UBS ne soumettra que trois points à l'ordre du jour: l'approbation de l'émission d'obligations convertibles pour 13 milliards de francs, la revente d'actions propres destinées à être initialement annulées pour 2 milliards de francs ainsi que le remplacement d'un dividende en espèce par un dividende en actions. Selon le Code des obligations, les actionnaires devraient toutefois pouvoir ajouter d'autres points.

Côté calendrier, on ne sait toujours pas si l'assemblée aura lieu avant ou après la publication des chiffres annuels 2007, le 13 février prochain.

Manque de transparence

Ces derniers jours, Le Temps a recueilli le témoignage d'autres actionnaires institutionnels de UBS mécontents du déroulement de la recapitalisation. Cependant, compte tenu du contexte actuel, ont-ils un autre choix que de renoncer à leur droit préférentiel de souscription? Pour Elie Nada, responsable du bureau suisse de Deminor, il est indispensable que la banque fasse preuve de plus de transparence. «Jusqu'à présent, UBS a surtout utilisé la méthode du saucissonnage, en annonçant à intervalles réguliers de nouvelles pertes. Nous aimerions aujourd'hui obtenir une clarification sur sa véritable situation.»

Le représentant des actionnaires minoritaires critique surtout le fait que la banque place ses actionnaires devant le fait accompli en leur présentant l'émission d'un emprunt convertible comme la seule issue possible. «D'autres options ont-elles été véritablement évaluées?» s'interroge Elie Nada. «Les actionnaires devraient pouvoir se faire une opinion sur la situation de UBS avant de se prononcer sur une décision aussi importante qui entraînera un effet de dilution important sur la valeur de leurs actions.»

Quelles sont les autres possibilités d'intervention? Elie Nada évoque la procédure dite du «contrôle spécial». Un tel contrôle peut être placé à l'ordre du jour de l'assemblée générale sur demande d'actionnaires regroupant un certain montant du capital, conformément aux statuts de la société. En l'occurrence, 625000 titres UBS. Par ailleurs, Deminor recommande à ses actionnaires de souscrire à la plainte collective déposée par un avocat aux Etats-Unis.

Quelle sera la position des caisses de pension suisses? Les grandes caisses contactées n'ont pas encore pris leur décision, faute d'informations suffisantes. Plusieurs souhaiteraient souscrire à l'augmentation de capital. Le fonds de l'AVS s'y dit «ouvert», même si cette option reste «théorique», selon son directeur général Eric Breval.