Publiés deux jours d'affilée, les résultats au deuxième trimestre des deux grandes banques ont suscité des réactions contrastées en bourse. Vendredi, suite à la publication de ses chiffres d'avril à juin, l'action UBS a gagné plus de 3% jusqu’en milieu d’après-midi, avant de clôturer la séance sur un léger gain de 0,45% dans un marché en hausse de même ampleur. Jeudi, l'action de Credit Suisse a chuté de 5%, dans un marché en repli.

Lire aussi: Credit Suisse se stabilise à un faible niveau

Au-delà des réactions à court terme de ces deux titres, une analyse plus détaillée de la situation montre que les points forts des deux établissements ne sont pas forcément là où on les aurait attendus. 

Bénéfice: UBS est cinq fois plus rentable

Avec un bénéfice net de 1,03 milliard de francs pour le seul deuxième trimestre, UBS n’a certes pas été aussi profitable qu’à la même période de l’an dernier (1,2 milliard) mais a fait mieux qu’attendu. Si Credit Suisse a aussi publié des chiffres meilleurs que prévu, c’est surtout parce que le numéro deux bancaire helvétique, avec un bénéfice net de 170 millions entre avril et juin, a su éviter une perte. Jeudi, plusieurs analystes ont pointé du doigt le fait que ce résultat a été en partie attribuable à la dissolution de provisions et à des coûts de restructuration moins importants que prévu. 

A plus long terme, l’écart entre les deux instituts devrait se réduire un peu. Après un exercice 2016 qui devrait être tout juste bénéficiaire pour Credit Suisse, l’institut devrait franchir le seuil des 2 milliards de francs en 2017, prévoit Barclays. UBS devrait aussi améliorer son bénéfice net à 4,6 milliards en 2017, après 3,5 milliards attendus pour cette année, selon Morgan Stanley.

Credit Suisse a attiré plus d'argent frais

La situation est plus contrastée en ce qui concerne les activités de gestion de fortune des deux grandes banques. Chez UBS, l’unité Wealth Management, la plus rentable du groupe, a dégagé un bénéfice avant impôts de 606 millions de francs, inférieure au deuxième trimestre de l’an dernier (769 millions). La division a affiché un afflux net d’argent frais de 6 milliards de francs, contre 15,5 milliards au premier trimestre et par rapport à 8,4 milliards un an plus tôt. Si l’argent frais a continué d’affluer dans la région Asie-Pacifique (6,8 milliards) et en Suisse (2,2 milliards), des sorties d’avoirs ont été enregistrés à la fois dans les marchés émergents (-2,3 milliards) et en Europe (-0,5 milliard). De plus, la rentabilité s'est effritée dans la gestion de fortune: la marge brute de l’unité a reculé à 78 points de base au deuxième trimestre, le plus faible niveau observé depuis deux ans.

En comparaison, chez Credit Suisse, les afflux nets de nouveaux capitaux ont totalisé 11,3 milliards de francs pour ses trois divisions actives dans la gestion de fortune. Même en incluant les 2,4 milliards de dollars récoltés d’avril à juin par les activités de gestion de fortune aux Etats-Unis d’UBS, le leader mondial du secteur selon un classement récent de Scorpio n’a pas attiré autant de nouveaux fonds que Credit Suisse au deuxième trimestre. Les trois unités de gestion de fortune de Credit Suisse, en incluant la division helvétique (Swiss Universal Bank), ont ensemble dégagé un résultat avant impôts de plus de 900 millions entre avril et juin.

La banque d’affaires d’UBS n'est pas devenu insignifiante

En 2012, UBS avait annoncé une refonte en profondeur de son modèle d’affaires, en abandonnant une grande partie de ses activités de banque d’investissement. Avec un bénéfice avant impôts de 447 millions de francs d'avril à juin, l’unité a dépassé les attentes, même s'il a été inférieur à la même période de l’an précédant (617 millions). Ce montant dépasse le gain généré par les deux unités de banque d’affaires de Credit Suisse, soit Global Markets et IBCM, dont le bénéfice avant impôts cumulé n’atteint pas les 300 millions.

Fonds propres: Credit Suisse à la traîne

Chez UBS ratio de fonds propres CET1 s’est établi à 14,2% à fin juin (14% à fin mars), comparé à 11,8% chez Credit Suisse, qui vise une fourchette de 11 à 12% cette année. De plus, le ratio d’endettement («leverage ratio») non pondéré des risques, très suivi en Suisse en raison des exigences plus strictes annoncées par la Finma l’automne dernier, a progressé à 3,4% à fin juin chez UBS (3,3% à fin mars), alors qu’il est resté inchangé à 3,3% chez Credit Suisse. Pour atteindre le total de 5% d’ici à 2019 exigé par la Finma, les deux banques pourront en détenir une part sous la forme d’emprunts à conversion obligatoire, mais elles devront avoir un noyau dur de fonds propres d’au moins 3,5%.

Dividendes: plus de visibilité chez UBS

En termes de capitalisation boursière, UBS (52,4 milliards) pèse deux fois plus que son rival (23 milliards). Si les analystes ont récemment revu à la baisse leurs objectifs de cours pour les deux titres, l’action d’UBS devrait verser un dividende inchangé en mai prochain. Bien que très prudent à ce sujet, Sergio Ermotti a réaffirmé vendredi à Cash que l’octroi d’un dividende ordinaire de 60 centimes par action au titre de 2016 restait une priorité pour l’établissement. Chez Credit Suisse, Tidjane Thiam n’a rien dit à ce sujet jeudi. Malgré tout, les analystes de Barclays anticipent le versement de 70 centimes par titre à la fois en 2016 et en 2017.