«Quand on dit pharma, on pense à Bâle, quand on parle du trading des matières premières, c’est Genève, évoquez le tourisme et le Valais et les Grisons viennent tout de suite à l’esprit. Mais qu’est-ce qui caractérise vraiment le canton de Vaud?»

Par cette question, Thomas Veraguth, économiste à UBS, souligne le manque de personnalité, d’identité forte de ce canton ou, en jargon économique, d’un cluster, ce regroupement d’entreprises de même branche. Voilà une première conclusion de l’étude que la banque a présentée lundi en conférence de presse en collaboration avec la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI).

Vaud se place en neuvième ­position des cantons suisses selon le classement de compétitivité d’UBS, juste derrière Genève mais toutefois loin du champion zurichois. «Le canton a des ressources exceptionnelles, avec un capital humain très riche grâce à un excellent niveau de formation, de bonnes diversifications et accessibilité, etc. Alors, qu’est-ce qui l’empêche de faire encore mieux?» s’interroge le spécialiste. L’étude montre que deux handicaps tirent la compétitivité vaudoise vers le bas.

Administration jugée inefficace

D’abord, l’imposition des entreprises est extrêmement défavorable et cette situation doit être améliorée. En suivant de bons exemples comme Neuchâtel ou Lucerne. «Ce d’autant qu’à la prochaine tempête, des entreprises pourraient faire le choix d’aller produire ailleurs en Europe, ce qui aurait un impact important sur les revenus fiscaux», estime le spécialiste.

Ensuite, Vaud est tout simplement un mouton noir en matière d’efficacité des finances publiques – en comparaison suisse. Non seulement le canton conserve un endettement par habitant assez élevé, mais, surtout, la structure des dépenses soulève des interrogations. «En regardant la part qui est consommée et celle qui est investie, on peut en déduire que l’administration, donc les services à la population, est inefficace», analyse Thomas Veraguth.

Ce dernier propose un remède: la décentralisation. «Prenez la Grèce, c’était un des pays les plus centralisés et vous voyez le désastre en termes de finances publiques. Redonner des pouvoirs et des compétences aux régions et aux communes permettra d’améliorer cette efficience.»

Menace pour le dynamisme

Pour y parvenir, les communes devront toutefois se concentrer. En effet, là encore, Vaud – qui compte 45% de communes de moins de 500 habitants – peut mieux faire. Claudine Amstein, présidente de la CVCI, estime que la décentralisation n’est pas un thème politique aujourd’hui. «Le grand poids du service public vaudois est un élément stabilisateur en cas de crise, mais c’est vrai qu’il pourrait être un inconvénient pour le dynamisme», corrobore-t-elle.

Après avoir réglé sa fiscalité et son service public, le canton de Vaud, qui représente 8% du produit intérieur brut du pays, pourra alors se positionner dans un cluster IT/électronique supracantonal, conseille UBS.