Quinze mois. C’est le temps qu’a pris le processus de sélection d’un successeur pour Sergio Ermotti. Un processus «méticuleux» et «rigoureux», selon un mémo du président du conseil d’administration, Axel Weber, envoyé aux employés mercredi soir et dont Le Temps a pris connaissance. Le comité de nomination a examiné des candidats «remarquables» venant de l’interne, comme de l’externe, a ajouté l’Allemand devant la presse jeudi matin à Zurich.

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Cette conférence constituait l’occasion pour l’élu, Ralph Hamers, directeur général de la banque néerlandaise ING depuis 2013, de se présenter pour la première fois à la presse suisse. «Il y a toujours un moment dans la vie où l’on se demande: qu’est-ce qu’il y a d’autre? Où sont les nouveaux défis?» a déclaré le Néerlandais. Dans son cas, c’est trouvé: il s’agira de remplacer Sergio Ermotti en novembre prochain. Il y entrera en septembre, afin d’assurer «une transition en douceur». Ces deux mois donneront le temps au nouveau responsable d’obtenir son «passeport UBS», selon l’expression d’Axel Weber. Autrement dit, de se familiariser avec un établissement dont le cœur de métier est totalement différent de celui de la banque qu’il dirige aujourd’hui.

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A 53 ans, Ralph Hamers est un vétéran d’ING, qu’il a rejointe en 1991. Diplômé en économétrie de l’Université de Tilbourg, aux Pays-Bas, Ralph Hamers a occupé divers postes chez ING, dont celui de responsable de la banque en Roumanie, puis en Belgique. Comme Sergio Ermotti, il a dû restructurer sa banque, qui, elle aussi, avait dû demander l’aide de l’Etat dans le sillage de la crise des subprimes et de l’euro. Coupes dans les effectifs, fermeture d’agences bancaires, le groupe avait dû se redimensionner pour rembourser l’Etat et survivre. Alors qu’UBS attend encore le règlement du différend en France, ING a aussi connu des affaires judiciaires. En 2018, elle a dû s’acquitter d’une amende de 775 millions d’euros (820 millions de francs) pour une affaire de blanchiment.

C’est l’expertise et la «passion pour la technologie» du nouveau venu, selon ses propres mots, qui ont attiré UBS. «Sous sa direction, ING Group a procédé à un changement fondamental de son modèle opérationnel et est maintenant considéré comme un des meilleurs exemples d’innovation numérique dans le secteur bancaire», a affirmé UBS dans son communiqué. «Il nous aidera à passer à la vitesse supérieure dans la numérisation», a ajouté Axel Webel. «Nous sommes leader en Suisse dans ce domaine, s’est empressé de préciser Sergio Ermotti. Nous investissons 2,5 milliards de francs chaque année, car il faut rester concurrentiel et ne pas se laisser dépasser.»

Numérisation au pas de charge

Dans une note, Vontobel confirme: Ralph Hamers n’a pas seulement «mené un changement fondamental dans le modèle d’affaires d’ING», il a aussi permis à la banque d’être considérée comme «un des meilleurs exemples du secteur dans l’innovation numérique». Dans un article du site Finews datant de 2017, Ralph Hamers explique que les banques doivent devenir des plateformes numériques où le client fournit et reçoit des services. Il faisait référence à Facebook ou à Airbnb, où l’utilisateur produit aussi du contenu ou met des chambres à disposition. «Quand est-ce que la première banque sans bilan bancaire apparaîtra?» demandait-il.

Le développement des outils numériques a permis à la banque de limiter les contacts avec la clientèle à des échanges numériques. Il expliquait par exemple qu’au deuxième trimestre 2017, 98% des 700 millions de contacts avec les clients s’étaient faits par des canaux numériques. Comme Apple ou Google, dont les utilisateurs peuvent choisir des applications d’autres entreprises, la banque du futur doit aussi proposer des services d’autres fournisseurs, «s’ils sont meilleurs», ajoutait-il.

Bond de la rémunération

De 54 000 employés dans le monde pour ING, Ralph Hamers en supervisera plus de 60 000 chez UBS. Mais le changement n’est pas là: le nouveau responsable passera d’une banque principalement de détail au numéro un mondial de la gestion de fortune. Une inquiétude qu’Axel Weber s’est empressé de balayer: «Il s’agit de deux banques globales et systémiques, où la complexité de la gestion est la même, où les défis sont les mêmes. En outre, nous avons avec Iqbal Khan et Tom Naratil deux des meilleurs responsables dans le domaine de la gestion de fortune. Le rôle de Ralph Hamers ne sera pas d’être directeur général de la gestion de fortune, mais directeur général global, ce n’est pas la même chose.» L’Allemand a d’ailleurs insisté: il ne s’agit pas de bouleverser la stratégie de la banque, dont il a souligné la bonne santé, mais de la passer à la génération suivante.

A UBS, Ralph Hamers pourra espérer une augmentation de salaire de taille. En 2018, sa rémunération avait atteint 1,75 million, la loi néerlandaise empêchant que les bonus dépassent 20% du salaire fixe. Sergio Ermotti avait, lui, empoché 13,8 millions de francs. L’année précédente, l’idée d’offrir au directeur d’ING un bonus de 50% de son salaire avait dû être abandonnée sous la pression de l’opinion publique et même du premier ministre.