«En dépit des perspectives économiques incertaines, les salaires devraient augmenter de 1,3% en moyenne l'année prochaine, contre 2,1% cette année», a révélé lundi Marc Buedenbender, économiste à UBS, qui s'est déclaré surpris du résultat du 14e sondage d'automne portant sur les salaires. En effet, malgré la morosité économique actuelle, et compte tenu d'une inflation escomptée de 0,7%, les salaires suisses devraient progresser en valeur réelle de 0,6%, selon un sondage conduit par la grande banque suisse auprès d'entreprises et d'associations patronales issues de 19 secteurs d'activité entre le 14 et 30 octobre et qui a été publié lundi. Mais attention, cet effet surprise doit être nuancé selon Yves Flückiger, professeur d'économie à l'Université de Genève. «Ce résultat reste relatif et pour l'apprécier, il est nécessaire de replacer ces prévisions dans leur contexte et de se resituer sur une base plus longue. Historiquement, on observe toujours un décalage d'environ douze mois entre la situation économique et les salaires réels», explique ce dernier. Après une longue phase de baisse, les salaires n'ont pu augmenter qu'en 2001 malgré une conjoncture qui s'était améliorée bien avant.

Par ailleurs, il s'avère aussi indispensable de considérer si la variation salariale est générale ou plutôt individuelle. «Il est intéressant de constater qu'en période favorable, la masse salariale est augmentée de manière collective. Par contre, environ 80% des salaires individuels sont relevés en période morose», note le professeur universitaire. Une tendance confirmée par le sondage de UBS qui fait ressortir que l'essentiel de l'augmentation des salaires, soit 0,9%, sera alloué à des hausses individuelles et seul 0,4% sera accordé pour des améliorations générales. En outre, 43% des sondés prévoient de réduire leurs effectifs de manière modérée ou importante l'année prochaine.

Négociations pas terminées

Mais le plus surprenant, précise Marc Buedenbender, le responsable de l'étude, est le résultat obtenu par secteur qui montre que les accords salariaux déboucheront sur les hausses les plus élevées (2,4%) dans les secteurs informatiques et des télécommunications. Par contre, dans les secteurs de la construction (0,3%) et les banques (0,7%), les salariés devraient s'attendre à des majorations de salaires minimes. Prudence encore donc, l'image doit être aussi différenciée sur le plan sectoriel, avertit Yves Flückiger, car «le phénomène est marquant en Suisse, où la flexibilité des salaires s'avère particulièrement forte selon l'évolution des secteurs».

Cette étude sert donc de premier indicateur d'un avenir possible. Mais «il est audacieux d'émettre de telles estimations car les négociations ne sont de loin pas terminées», estime Ewald Ackermann, porte-parole de l'Union syndicale suisse. Avis partagé par Didier Froidevaux, responsable de la section des salaires à l'Office fédéral de la statistique, qui analyse les tendances plutôt que de les prévoir et par conséquent ne fournira ses mesures statistiques qu'en avril 2003. «Il est extrêmement délicat d'émettre des pronostics. Il faut attendre de voir comment les partenaires sociaux vont négocier. Par ailleurs, selon lui, les résultats obtenus par UBS sont à prendre avec des pincettes, car «la méthode utilisée ne peut pas prétendre dépeindre la réalité des salaires de manière représentative et ne permet de donner que des indications qualitatives.»