Pourquoi UBS Warburg s'en est allée racheter une partie d'Enron en février dernier? La banque d'affaires vient d'annoncer une nouvelle restructuration et un déménagement de son unité négoce d'énergie qu'elle avait rachetée en février au géant américain tombé en faillite deux mois plus tôt. Les activités dans le domaine du gaz et de l'électricité vont quitter Houston pour se rapprocher de Wall Street en s'installant à Stamford, dans le Connecticut, où l'établissement helvétique emploie environ 3000 personnes. Une «contraction» dans ce marché serait la raison de cette réorganisation qui devrait aboutir au déménagement d'une centaine de postes sur les 380 que cette entité employait au Texas, les autres devant être supprimés. Des observateurs estiment que – comme ils en avaient pris l'habitude avec la comptabilité – les anciens dirigeants d'Enron auraient exagéré la réalité des volumes de négoce et les bénéfices générés par l'activité reprise par UBS.

En février, la banque semblait avoir récupéré le «meilleur» d'Enron. Depuis, la presse et les enquêtes ont révélé comment fonctionnait cette entreprise, qui pouvait créer plusieurs centaines d'entité juridiques par jour pour entretenir l'opacité sur ses opérations et masquer ses pertes lorsque les marchés se sont retournés. Aujourd'hui, la salle des marchés de UBS Warburg à Houston compte principalement des anciens d'Enron dont certains devront s'expliquer devant la justice. Quant au marché créé par la dérégulation du secteur de l'électricité, il n'a plus la saveur d'antan. Les volumes de négoce se sont effondrés dramatiquement alors que les entreprises concernées se sont retrouvées sur la sellette, notamment avec des baisses de notation de leur dette qui leur ont coûté cher. Certains ont dû se retirer du marché comme Dynegy et El Paso. Selon un consultant cité par le Houston Chronicle, les volumes de négoce de UBS Warburg – qui avait déjà supprimé localement 150 postes de travail en août – sont tombés à quasiment zéro le mois dernier.

Au Texas, l'annonce du départ de UBS sonne comme la fin d'une époque. Entre 2000 et 2001, Enron avait enregistré 7 milliards de dollars de bénéfices et ses traders touchaient des bonus extravagants qui se chiffraient parfois en centaines de millions. Houston s'était fait une spécialité de cette activité de négoce d'énergie et le quartier général d'Enron, puis de UBS, en constituait le centre nerveux. Il employait 630 personnes à la belle époque de la Nouvelle Economie et les dirigeants d'Enron voulaient en faire la plus grande Bourse mondiale de l'énergie. Ces derniers avaient d'ailleurs fait construire leurs bureaux autour du périmètre de la corbeille dans le cadre d'un projet immobilier de 200 millions de dollars auquel les ouvriers apportent les dernières touches ces jours-ci.

Malgré son bon rating, la filiale de la banque suisse a souffert de la proximité qu'elle avait créée avec Enron. Elle semble désormais vouloir prendre ses distances dans tous les sens du terme avec l'entreprise autrefois dirigée par Kenneth Lay. Le mois dernier Timothy Belden, une ancienne star déchue d'Enron, a plaidé coupable devant une Cour fédérale à San Francisco. Il est accusé d'avoir manipulé les prix de l'énergie au moment où une pénurie d'électricité plongeait la Californie dans le noir en 2000 et 2001. Il faisait partie des équipes d'Enron reprises par UBS et n'a démissionné que récemment.

Lors du rachat en février par voie de mise aux enchères, UBS Warburg avait fait spécifier qu'elle n'accepterait aucune responsabilité dans les anciennes affaires d'Enron. Elle s'était aussi engagée à rétrocéder un pourcentage de ses profits futurs aux créanciers du courtier en faillite. Mais après des dizaines de millions d'investissements, UBS semble devoir remettre en cause ses projets.