Enquête

UBS rattrapé par le scandale du siècle en Malaisie

Après la violente charge contre BSI, condamné à être dissoute, le numéro un bancaire suisse est à son tour pris dans l’affaire de corruption 1MDB. L’institution serait impliquée dans le détournement de deux milliards de fonds publics en 2014

Les banques suisses n’arrivent plus à se dépêtrer du scandale 1MDB, ce fond souverain malaisien pillé de plusieurs milliards d’argent public par de sombres manœuvres offshore.

A en croire les dernières révélations de Sarawak Report, un blog animé par la journaliste militante Clare Rewcastle Brown, belle-sœur de l’ex-premier ministre britannique Gordon Brown, UBS aurait participé au détournement supposé de près de deux milliards de dollars depuis la Malaisie.

Le Ministère public de la Confédération (MPC), qui a ouvert une procédure pénale l’été dernier, évoque jusqu’à quatre milliards de dollars d’argent public ayant frauduleusement transité par la place helvétique. Dans ce contexte, le gendarme suisse des marchés financiers (Finma) avait ordonné en avril dernier le démantèlement de BSI. Au motif que la banque tessinoise, sur le point d’être avalé par son homologue zurichoise EFG International, avait «gravement enfreint les dispositions relatives au blanchiment d’argent».

Des suspicions pèsent à présent sur le numéro un du secteur en Suisse, qui se retrouve propulsé à l’avant-scène du scandale menaçant depuis plus d’un an de renverser l’homme fort de Kuala Lumpur, le premier ministre Najib Razak.

Lire aussi: BSI coulée par son rôle de plaque tournante dans le scandale financier malaisien

Au cœur des transactions douteuses: une société Aabar Investments PJS Ltd, dont l'un des comptes a été enregistré auprès d’UBS Singapour. Sur le papier, cette société écran des Iles Vierges britanniques ressemble à s’y méprendre à Aabar Investments PJS (sans le Ltd), filiale détenue par le fonds souverain d’Abu Dhabi, lequel contrôle par ailleurs la Falcon Private Bank en Suisse. C’est parce que ces deux entités portent un nom quasi identique que la justice de plusieurs pays a commencé à soupçonner des irrégularités.

Les faits impliquant UBS remontent à 2014. Ils concernent au total sept transferts réalisés sur une période de trois mois et provenant du fonds malaisien 1MDB, pour un total d'environ deux milliards de dollars. Cinq de ces mouvements sont partis de BSI à Lugano, soit plus d'un milliard de dollars. Les deux autres ont pour origine la Deutsche Bank Singapour et Hong Kong (plus de 680 millions). A noter qu'un transfert émane de Falcon Private Bank Hong Kong (175 millions), avec pour destination BSI à Lugano.

Selon la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), s’inspirant des informations de Sarawak Report, ces sommes proviennent d’une levée de dette obligataire de 3 milliards de dollars, réalisée en 2013 via Goldman Sachs. L’argent aurait dû servir à financer des investissements dans des centrales électriques. Mais les bénéficiaires d’Aabar Investments PJS Ltd – la «fausse» filiale de fonds souverain émirati censé garantir le prêt susmentionné – seraient en réalité des amis et des proches du premier ministre malaisien Najib Razak.

Négligence monumentale?

«Les éléments en mains des autorités suisses permettent de suspecter que les montants versés en relation avec cette garantie ne sont pas revenus au fonds souverain d’Abu Dhabi, qui supportait le risque commercial. Au contraire, ces montants auraient profité́ à des tiers, notamment aux agents publics concernés ainsi qu’à une entreprise liée au monde du cinéma [ndlr: selon nos sources, il s’agirait de Red Granite Pictures, société hollywoodienne appartenant au beau-fils de Najib Razak et ayant produit pour unique film Le Loup de Wall Street avec Leonardo DiCaprio]», expliquait alors la justice helvétique.

Interpellée mardi, UBS n’a pas souhaité commenter l’affaire. Idem pour le MPC et la Finma. Mais selon nos informations, le numéro un bancaire suisse aurait signalé aux autorités compétentes ses doutes concernant l’une des transactions incriminées, avant que les différentes juridictions ne se mettent à enquêter sur le scandale 1MDB.

Pour sa part, Clare Rewcastle Brown, se dit «choquée par les faits» qu’elle est parvenue à mettre en évidence. «Je base mes accusations sur un rapport, à l’origine censuré mais dont j’ai pu obtenir une copie, qui a été transmis par les dirigeants d’1MDB à l’auditeur général de Malaisie. A sa lecture attentive, j’ai pu constater que ce sont exactement les mêmes schémas frauduleux qui sont à l’œuvre dans les cas d’Aabar et de PetroSaudi, cette société cofondée par le prince saoudien Turki Bin Abdullah et dont les données volées à Genève ont révélé au grand jour toute cette affaire de corruption. Cela prouve clairement que les mesures de lutte contre le blanchiment d’argent mises en place par UBS et ses homologues suisses sont soit insuffisantes, soit complètement inutiles», conclut-elle.

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