Une solution bien suisse. Pragmatique et efficace. Le but est de ranimer la confiance entre les banques et éviter la crise du crédit. Car d'un côté UBS a besoin d'avoir accès au marché interbancaire non seulement pour les échéances les plus courtes, mais aussi pour le moyen et long terme et ainsi octroyer ou rallonger les crédits aux entreprises. De l'autre les banques qui ont profité de la crise financière et attiré des milliards de francs d'épargne placent cet argent non pas auprès de la grande banque, mais à la BNS à un taux ridiculement bas. Tellement bas que certains estiment qu'elles perdent de l'argent sur les nouveaux clients. Tout le monde souffre de cette situation, en premier lieu les entreprises.

Des lettres de gage

C'est ici que la BNS a su rapprocher les acteurs de la place et trouvé une solution. Selon le SonntagsBlick, la BNS a utilisé l'instrument des lettres de gage pour qu'UBS obtienne des crédits à plus long terme de la part des autres banques et ainsi améliorer le marché interbancaire et assurer le financement des PME. La lettre de gage est un produit particulier, un papier-valeur semblable à une obligation destinée au financement à long terme des crédits hypothécaires en premier rang accordés par les banques. A la différence des emprunts obligataires ordinaires, la lettre de gage prévoit des garanties particulièrement étendues régies par la loi. Ajoutons que le marché traditionnel des lettres de gage stagne en Suisse depuis 2002 autour de 50 milliards de francs, soit 7% du total des prêts hypothécaires.

La solution est la suivante: UBS met en gage des hypothèques de première qualité à hauteur de 2 milliards de francs auprès de la Banque des lettres de gage. Celle-ci émet des lettres de gage qui sont souscrites pour moitié par la ZKB ainsi que les Raiffeisen et PostFinance. UBS obtient ainsi à un taux d'intérêt acceptable des crédits bancaires à moyen terme. Pendant ce temps, les Raiffeisen, ZKB et PostFinance reçoivent un taux d'intérêt supérieur à celui offert actuellement par la BNS et qui est très proche de 0%. Enfin, la BNS apprécie pleinement la détente qui en résulte sur le marché interbancaire. Et les entreprises évitent le risque d'un resserrement des conditions de crédit. Quant à la Banque des lettres de gage, elle élargit le champ de ses activités.

Thomas Jordan, directeur général à la BNS, avait déjà évoqué cette possibilité dans un exposé tenu le 20 mai dernier (voir http://www.snb.ch). Il expliquait alors non seulement que la Suisse avait été à l'écart de la titrisation des hypothèques, contrairement aux Etats-Unis, mais il annonçait explicitement que les lettres de gage pouvaient être un instrument fort utile dans la gestion des liquidités en période de crise. Nous y sommes. L'opération relatée dans la presse dominicale correspond exactement à l'extension de cet instrument évoquée en mai.