La solution d'une partie importante des problèmes d'UBS s'appelle BlackRock. Le géant institutionnel américain discute le rachat d'un portefeuille de titres de dette structurée appartenant à la grande banque. D'une valeur nominale de quelque 20 milliards de dollars, le paquet devrait être cédé pour 15 milliards environ, soit avec un rabais de 25%.

Si la transaction annoncée mardi par les médias anglo-saxons et confirmée par Marcel Rohner lors d'une conférence téléphonique se réalise dans ces termes, elle permettra à UBS de se défaire de l'essentiel des titres basés sur de la dette immobilière américaine. Leur total se montait à 15,64 milliards de dollars au 31 mars dernier, selon le rapport trimestriel de la grande banque.

L'acheteur, BlackRock, se montre très discret sur l'opération. «Nous ne faisons pas de commentaires», résument ses porte-parole à Zurich et à Londres. Toutefois, la société s'est clairement positionnée sur le créneau du rachat à prix cassé d'actifs dépréciés basés sur l'immobilier américain. Elle créait le 24 mars dernier une société ad hoc, Private Capital Mortgage Acceptance Company (abrégée en PennyMac) en coopération avec un fonds de private equity de Boston, Highfields Capital.

Redressement de l'indice

Basée en Californie, PennyMac est dirigée par Stanford Kurland, l'ancien patron du numéro un du prêt hypothécaire aux Etats-Unis, Countrywide. Cette dernière société est l'une des principales victimes de l'effondrement du marché des titres basés sur de la dette hypothécaire (ABS, asset-backed securities) l'été dernier aux Etats-Unis. Elle est en cours de reprise par Bank of America.

BlackRock, qui n'a pas subi de pertes du fait de la crise financière, est aussi l'investisseur à qui la Fed a confié le soin de gérer le portefeuille de dette structurée de Bear Stearns lors du sauvetage de cette banque d'affaires à la mi-mars.

PennyMac n'est cependant pas le seul investisseur à miser sur des titres de dette revendus à la casse. Comme le rappelle l'agence Bloomberg, une septantaine d'institutions se bousculent sur ce marché, rien qu'aux Etats-Unis. Quelques grands noms en font partie, comme le fonds de private equity Blackstone, le gérant institutionnel Pimco et la banque d'affaires Goldman Sachs. Ils côtoient de nombreux hedge funds appliquant la stratégie «distressed» (spécialisée sur le rachat d'actifs fortement dépréciés en tablant sur leur potentiel de plus-value). Le signe distinctif de ces investisseurs est d'avoir échappé pour l'essentiel à la débâcle financière.

La multiplication des acheteurs de titres de dette basée sur de l'immobilier américain se reflète dans le redressement des prix. L'indice ABX basé sur des ABS notés AAA atteint 58,25 points après avoir frôlé le plancher de 50 points à la mi-mars, au pic de la crise financière. Cela signifie que pour un portefeuille de titres dont la valeur nominale est de 100 dollars, le marché en paye plus de la moitié.