Des votes d’actionnaires révélateurs d’évolutions négatives. UBS avertit ses équipes d’investissement lorsque des sociétés voient la rémunération de leur exécutif refusée en assemblée générale. Cela constitue un nouveau signal de vente pour les gestionnaires d’investissement de la banque, aux côtés des bénéfices décevants, des ventes en baisse et de scandales comptables.

L’intégration de ces données fait suite à une recherche menée par la banque. Elle se base sur 1700 cas, principalement aux Etats-Unis. Ses résultats montrent que les entreprises dont les actionnaires rejettent les rémunérations ont plus de risques de voir le cours de leurs actions dégringoler par la suite. Elle confirme ainsi une précédente étude menée par la banque d’investissement Morgan Stanley.

Indicateur de déséquilibre

Le Financial Times s’en est fait l’écho dimanche sur son site internet. Il s’est notamment entretenu avec Chris Greenwald, responsable de la recherche en investissement durable pour UBS Asset Management (UBS AM). L'expert déclare que «si la majorité des actionnaires votent contre la rémunération de l’exécutif, cela montre un déséquilibre en termes d’incitations. C’est probablement déjà un signe de mauvaise performance.»

Les analystes de Morgan Stanley acquiescent: «Le vote des actionnaires est un indicateur important de leur satisfaction, non seulement en ce qui concerne les compétences exécutives, mais aussi la gouvernance et l’orientation stratégique des entreprises. C’est donc un indicateur prospectif significatif.»

Bryan Cross, également responsable chez UBS AM, indique que le numéro un bancaire helvétique souhaite utiliser le résultat de ces votes d’actionnaires pour guider les décisions d’investissement de ses gestionnaires de portefeuille. Ces derniers ont déjà accès aux données existantes et pourront à l’avenir recevoir des alertes en cas de refus d’actionnaires de valider les salaires des dirigeants.

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Révoltes d’actionnaires peu fréquentes

Le quotidien britannique relève qu’à l’heure actuelle, la grande majorité des actionnaires ne s’opposent pas aux rémunérations proposées. 91% des votes dans les sociétés du S&P 500 et du S&P 1500 – indices boursiers de la société de notation financière américaine Standard & Poor’s – ont validé les propositions qui leur étaient faites en 2019, sans compter les abstentions.

Parmi les grandes sociétés à avoir essuyé un refus de leurs actionnaires l’an dernier se trouvent Netflix, Ameriprise et Xerox. Cette année, la société de forage offshore Noble Corp. et le fabricant de puces Qualcomm sont concernés, selon le Financial Times.

En Suisse, les révoltes d’actionnaires sont peu nombreuses parmi les entreprises cotées en bourse. Les rapports de rémunération au sein des sociétés du SMI ont été approuvés par 88,5% des actionnaires en moyenne en 2020, selon Vincent Kaufmann. Dans un article publié le 20 mai dernier sur son blog du Temps, le directeur de la Fondation Ethos pour l’investissement responsable et l’actionnariat actif relève que ce taux est légèrement supérieur à l’an dernier.

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