L’enquête suisse concernant les agissements d’UBS, en lien avec le pillage massif du fonds malaisien 1MDB, est close. Le numéro un bancaire suisse écope d’un blâme. Traduction: l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma), n’a pas constaté de «violations systématiques et répétées de l’établissement», a-t-elle précisé ce mardi. Mais, le fait de «n’avoir pas suffisamment contrôlé à Singapour une relation d’affaires importante et les transactions qui lui étaient liées», méritait toute de même une réprimande écrite du gendarme financier suisse.

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UBS a bel et bien servi d’intermédiaire dans le détournement d’environ deux milliards de dollars de Malaisie. Interpellé, l’établissement estime que l’issue de l’enquête helvétique le concernant n'appelle à aucun commentaire particulier. Selon nos informations, la première banque suisse aurait signalé aux autorités compétentes ses doutes concernant l’une des transactions incriminées, avant que les différentes juridictions ne se mettent à enquêter sur le scandale 1MDB.

Société sosie

Les faits impliquant UBS remontent à 2014. Ils concernent au total sept transferts réalisés sur une période de trois mois et provenant du fonds souverain 1MDB, pour un total d’environ deux milliards de dollars. Au cœur des transactions douteuses: la société Aabar Investments PJS Ltd, dont l’un des comptes a été enregistré auprès d’UBS Singapour. Sur le papier, cette société écran des Iles Vierges britanniques ressemblait à s’y méprendre à Aabar Investments PJS (sans le Ltd), filiale détenue par le fonds souverain d’Abu Dhabi, lequel contrôle par ailleurs la Falcon Private Bank en Suisse. C’est parce que ces deux entités portent un nom quasi identique que la justice de plusieurs pays a commencé à soupçonner des irrégularités.

A en croire l’enquête de la banque centrale singapourienne (MAS), clôturée en octobre 2016, le numéro un bancaire helvétique a violé des réglementations locales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, écopant ainsi d’une amende d’environ un million de francs.

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L’origine de ces différentes sommes: une levée de dette obligataire de 3 milliards de dollars, réalisée en 2013 via Goldman Sachs. Sur les sept transferts incriminés, cinq étaient partis de BSI à Lugano, pour plus d’un milliard de dollars. Les deux autres mouvements avaient pour origine la Deutsche Bank Singapour et Hongkong (plus de 680 millions), avec une transaction émanant de Falcon Private Bank Hong Kong (175 millions), ayant pour destination BSI à Lugano.

L’argent aurait dû servir à financer des investissements dans des centrales électriques. «Les éléments en mains des autorités suisses permettent de suspecter que les montants versés en relation avec cette garantie ne sont pas revenus au fonds souverain d’Abu Dhabi, qui supportait le risque commercial. Au contraire, ces montants auraient profité́ à des tiers, notamment aux agents publics concernés ainsi qu’à une entreprise liée au monde du cinéma», expliquait l’an passé le Ministère public de la Confédération. Le Parquet fédéral a ouvert une procédure pénale l’été 2015, évoquant jusqu’à quatre milliards de dollars d’argent public ayant frauduleusement transité par la place helvétique.

Les bénéficiaires d’Aabar Investments PJS Ltd – la «fausse» filiale de fonds souverain émirati censé garantir le prêt susmentionné – sont soupçonnés d’être en réalité des amis et des proches du premier ministre malaisien Najib Razak. Selon la justice américaine, il s’agirait notamment du milliardaire d’origine chinoise Jho Low et de Red Granite Pictures, une société hollywoodienne appartenant au beau-fils de Najib Razak, lequel a produit le film «Le Loup de Wall Street» avec Leonardo DiCaprio.

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Une longue liste de condamnations

Le scandale 1MDB menace depuis deux ans de renverser l’homme fort de Kuala Lumpur. Démis de leurs fonctions et arrêtés au Moyen-Orient, les ex-présidents de la banque privée suisse Falcon Bank, Khadem Al Qubaisi – un familier des milieux financiers genevois – et Mohammed Al Husseiny ont depuis été sanctionnés en octobre dernier à Singapour et en Suisse. Au total, sept procédures ont été ouvertes contre des banques suisses dans l’affaire 1MDB. Avec ce dernier volet UBS, quatre sont à présent terminées. Pour les trois autres banques, la Finma dit avoir «identifié des mécanismes de contrôle insuffisants, de la corruption et du blanchiment d’argent».

La dernière sanction du gendarme financier suisse, liée au scandale 1MDB, date de février dernier. Le châtiment concerne la banque Coutts & Co. La filiale zurichoise, en liquidation, du groupe britannique Royal Bank of Scotland (RBS) a été contrainte de verser 6,5 millions de francs au titre de gains indûment acquis. Un mois auparavant, l’ancien responsable de la filiale singapourienne de la banque zurichoise Falcon Bank a écopé de sept mois de prison pour blanchiment d’argent et d’autres délits en lien avec l’affaire malaisienne. L'Autorité monétaire de Singapour (MAS) a retiré sa licence à l’établissement. Et la Finma lui a confisqué 2,5 millions de francs de bénéfices injustifiés.

De nouvelles banques en ligne de mire

Et en novembre 2016, un ancien directeur de la filiale de l’établissement tessinois BSI à Singapour a été condamné à 18 semaines de prison, une première dans le cadre de l’énorme scandale politico-financier. La banque tessinoise, poussée au démantèlement par la Finma qui lui a au passage confisqué un bénéfice de 95 millions de francs, est en cours d’intégration par sa concurrente zurichoise EFG International.

Le directeur du gendarme financier suisse, Mark Branson, a souligné mardi que l’affaire 1MDB allait encore occuper les autorités. A l’avenir, d’autres instituts bancaires pourraient être dans le viseur du gendarme financier.