Politique monétaire

Ueli Maurer: «Nous ne sommes pas dans le viseur des Etats-Unis»

Le ministre des Finances ne semble pas craindre des mesures de rétorsion américaines pour réduire l'écart commercial entre les deux pays. Son message aux Américains: «La Suisse ne manipule pas sa monnaie». La diplomatie suisse reste attentive au moindre signe émanant de l'administration Trump

Comment tisser des liens avec l'administration Trump et se préparer à d'éventuels coups à venir sur les fronts fiscaux et commerciaux? A Washington pour l'assemblée de printemps du FMI et de la Banque mondiale, Ueli Maurer et Johann Schneider-Amman, accompagnés notamment de Thomas Jordan, le président de la Banque nationale suisse, en ont profité pour poser quelques jalons. Il s'agit de la première visite de conseillers fédéraux aux Etats-Unis depuis l'élection de Donald Trump.  

L'imprévisibilité du président américain et les incertitudes concernant le positionnement de son administration sur des dossiers-clés compliquent la tâche. L'assemblée du FMI et de la Banque mondiale a d'ailleurs été marquée par un nouveau réquisitoire contre les dangers du protectionnisme. L'administration Trump a notamment menacé de taxer lourdement les produits importés, ce qui déclencherait une guerre commerciale. «Mais la grande réforme annoncée n'a pas encore eu lieu; nous attendons de voir ce qui se passe», a souligné samedi Ueli Maurer devant les médias. 

Un excédent de 17 milliards de francs

Le ministre des Finances a surtout voulu se montrer rassurant sur un point: «Nous ne sommes pas dans le viseur des Etats-Unis qui veulent s'en prendre aux pays soupçonnés de manipuler leur monnaie».

C'est bien le dossier sensible du moment. Avec cinq autres pays dont la Chine et l'Allemagne, la Suisse est de fait pointée du doigt dans un récent rapport du Trésor américain pour son excédent commercial vis-à-vis des Etats-Unis et des soupçons de manipulation de sa monnaie. Les Etats-Unis sont la deuxième destination des exportations suisses. Selon les calculs américains, cet excédent représente 17 milliards de francs. Ueli Maurer fait mine de ne pas craindre de mesures de rétorsion pour réduire l'écart commercial. La Suisse était déjà citée dans un rapport datant de l'administration Obama, dit-il, tout en ajoutant que «des discussions auront bien sûr encore lieu». 

Un demi million d'emplois

«Nous expliquons aux Américains que nous devons défendre le franc face à la faiblesse de l'euro et aux économies en crise dans l'espace européen, et pas pour notre propre bénéfice», souligne le ministre. Le franc est surévalué, ajoute Thomas Jordan: «Nous continuerons à démontrer que la BNS ne manipule pas le franc et à expliquer pourquoi nos interventions sur le marché des changes sont nécessaires». 

Rencontré la veille dans son bureau, l'ambassadeur de Suisse à Washington, Martin Dahinden, nous précisait déjà: «Si l'on considère les biens, la balance commerciale est effectivement en notre faveur, mais si l'on tient également compte des services, elle se rééquilibre à peu près. C'est le message que nous faisons passer aux Américains». Les entreprises suisses investissent environ 224 milliards de dollars aux Etats-Unis. Cinq cents entreprises suisses sont présentes sur sol américain; elles fournissent près d'un demi million d'emplois, précise le diplomate. 

De nombreux postes à repourvoir

Pour les Suisses, les contacts avec l'administration Trump se compliquent par le fait que de nombreux postes restent encore à repourvoir, notamment au niveau des cadres supérieurs avec un pouvoir décisionnel. Du propre aveu d'Ueli Maurer, l'échange avec le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, déjà rencontré lors de la réunion du G20 à Baden-Baden en mars, s'est cette fois réduit à une brève poignée de main. Johann Schneider-Amman en revanche - Ueli Maurer semblait l'avoir oublié deux secondes - a eu une brève conversation téléphonique avec Donald Trump le 21 décembre. Grâce à l'intervention de Faith Wittlesey, ancienne ambassadrice des Etats-Unis en Suisse. Alors président de la Confédération, il a pu directement lui vanter les mérites de l'économie suisse. Samedi, le ministre de l'Economie a fait savoir que la délégation suisse a cherché à avoir des contacts «de haut niveau» pendant cette visite à Washington, en vain: «Ce n'est que partie remise, on verra combien de temps cela prendra».

Plusieurs visites de parlementaires

Malgré les difficultés, d'autres contacts se tissent. Le président du PS Christian Levrat, qui dirige la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats, s'était rendu à Washington en février. Cette semaine, ce sont quatre parlementaires du groupe Suisse-Etats-Unis présidé par la conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE), qui font le déplacement. 

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«Il s’agit d’un voyage que nous faisons chaque année», précise la députée. «Nous rencontrons généralement des membres du Congrès qui font partie du Caucus «Friends of Switzerland», ainsi que des représentants de l’administration». Au programme de la visite figurent cette fois également des rendez-vous avec des membres du Cato Institute et de la fondation Heritage, tous deux liés à l'influente famille Mercer, appui inconditionnel du controversé conseiller stratégique de Donald Trump, Stephen Bannon

Christa Markwalder ne cache pas que les élans protectionnistes de Donald Trump l'inquiètent. «Une politique économique protectionniste aurait évidemment des conséquences négatives pour la Suisse», commente-t-elle. 

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