Lundi et mardi, Ueli Maurer, le conseiller fédéral chargé des Finances, se trouvait pour la première fois à Buenos Aires, en Argentine. But du voyage: participer à quatre réunions, notamment avec les autres ministres des Finances des pays du G20. Non membre, la Suisse est présente pour la quatrième fois en tant que pays invité, aux côtés notamment de l’Espagne et de Singapour. Interview.

Le Temps: Quel est l’intérêt de la Suisse à participer à quatre réunions du G20 consacrées à l’économie mondiale, l’avenir du travail, l’imposition des entreprises et l’architecture financière internationale?

Ueli Maurer: Il est important de soigner les contacts bilatéraux. C’est le seul forum auquel la Suisse est invitée. Nous devons connaître les idées des autres pays. En tant que place financière forte, nous profitons de notre venue à Buenos Aires pour rencontrer les membres des gouvernements d’autres pays, voire influencer un peu peut-être les discussions dans les groupes de travail. La Suisse est un petit pays et il est important de ne pas subir de restrictions, d’avoir des portes ouvertes.

Plusieurs pays veulent des modifications concernant l’imposition de Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA). Qu’en est-il de la Suisse?

L’Union européenne veut introduire de nouvelles taxes sur l’économie numérique. L’OCDE ne veut pas aller si loin. Pour la Suisse, il est important d’avoir un régime fiscal favorable, car nous sommes un pays très cher, par exemple au niveau des salaires. Il y a une réforme de l’imposition des entreprises en Suisse et nous avons une opinion différente de l’UE à propos des GAFA. Nous sommes plus proches des Etats-Unis et des pays asiatiques sur cette question.

L’une des réunions portait sur l’avenir du travail. Comment jugez-vous l’impact de la robotisation?

Elle permettra de créer des places de travail. Mais cela implique qu’il faut adapter les cursus dans les hautes écoles, les universités et la formation professionnelle. Les changements surviennent très rapidement, mais ils constituent une chance pour les jeunes d’avancer avec les nouvelles technologies. Pour les personnes plus âgées, il y a aussi des avantages, même s’il est clair que l’on perdra quelques places de travail. Au final, il y a plus de chances que de dangers.

La Suisse fait face à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans l’informatique. Comment inverser cette tendance?

Nous avons besoin de main-d’œuvre étrangère dans différents secteurs, pas seulement dans l’informatique. Nous devons nous battre au niveau mondial pour attirer des travailleurs qualifiés.

Comment jugez-vous les effets de la robotisation sur les contributions sociales?

Je ne crois pas que l’on manquera d’argent. Des discussions ont lieu actuellement sur la taxation des robots. Je n’y suis pas favorable. Cela équivaudrait à taxer l’innovation, à ralentir les efforts pour innover. Les changements sont plus rapides qu’auparavant. C’est la quatrième révolution industrielle.

Durant le G20, l’Allemagne et la France ont demandé la rédaction d’un document condamnant les cryptomonnaies. Quelle est la position de la Suisse à ce sujet?

Nous devons analyser la situation. Il n’est pas nécessaire d’introduire des changements rapidement. Des nouveautés arrivent chaque semaine. Pour le moment, nous avons la chance que les cryptomonnaies n’offrent pas la possibilité de blanchir de l’argent. On achète par exemple des bitcoins avec de l’argent et c’est à ce moment-là que le contrôle peut être effectué. Il y a certes un côté spéculatif sur les cryptomonnaies, mais chacun est responsable de son argent. Pas l’Etat.

Votre point de vue diffère donc de celui de l’Union européenne…

De celui de la France et de l’Allemagne, oui. Mais l’Union européenne est divisée sur cette question.

Ce G20 a lieu dans un contexte de crise du multilatéralisme au profit de décisions unilatérales et protectionnistes. Les intérêts des pays divergent de plus en plus. Le G20 est-il en danger?

Non, je ne le pense pas. Il est normal de ne pas partager les mêmes idées. Nous avons des divergences avec les Etats-Unis et leur protectionnisme. Mais l’Union européenne fait la même chose vis-à-vis de la Suisse, par exemple. Le protectionnisme est un danger partout, même si chaque pays dit qu’il n’y a pas recours. Le G20 constitue un forum pour mener des discussions sur ce sujet. L’OMC n’est pas en mesure de l’être. Peut-être trouvera-t-on quelques solutions ici. Pour le moment, les pays émergents exigent de la solidarité, des investissements. Ils demandent que les pays riches contribuent à leur développement en ouvrant leurs frontières et je comprends leur point de vue.

Les Etats-Unis vont introduire des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium. Craignez-vous le protectionnisme américain et ses conséquences pour l’économie mondiale?

Oui, c’est dangereux pour l’économie mondiale. Car cela provoque une réaction de la part des autres pays, qui se disent prêts à prendre des mesures similaires. Il y a donc un danger de guerre économique.

A terme, voulez-vous une entrée de la Suisse au G20?

Oui, appartenir au G20 est l’un de mes objectifs, car nous ne faisons pas partie de l’Union européenne et ne sommes pas présents dans d’autres organisations. Notre économie est très forte. En termes de produit intérieur brut (PIB), la Suisse occupe le 19e rang.