A la tête d’ABB depuis 2013, Ulrich Spiesshofer a qualifié l’exercice 2014 d’«exigeant». L’année a été marquée par la réorganisation de la division des systèmes énergétiques. L’an dernier, le chiffre d’affaires de la multinationale s’est établi à 39,8 milliards de dollars, en recul de 5% (2% en monnaies locales), alors que son bénéfice net a diminué de 7% à 2,6 milliards. Après avoir ouvert en baisse, l’action a clôturé la séance en hausse de 1,5% à 18.76 francs jeudi. Pour la suite, le groupe évoque un environnement macroéconomique positif pour les Etats-Unis et une croissance qui devrait se poursuivre en Chine. Il relativise l’impact de la chute des prix du pétrole qui affecte ses activités de différentes manières. Quant aux fluctuations des devises, le groupe indique se protège contre les variations de change qui devraient avoir des effets limités à court et moyen terme. Son directeur a commenté ces deux aspects en marge de la présentation des résultats annuels du groupe jeudi à Zurich.

Le Temps: En 2015, quel facteur aura le plus d’influence sur les activités d’ABB: le recul des prix du pétrole ou la force du franc?

Ulrich Spiesshofer: Nous travaillons de manière proactive avec ces deux aspects. En ce qui concerne les variations de change, nous nous sommes préparés à faire face aux fluctuations des monnaies depuis plusieurs années. Les activités d’ABB sont bien réparties entre plusieurs continents – les Amériques, l’Europe et l’Asie – et différentes monnaies. Pour faire face à ces fluctuations, nous utilisons le hedging naturel, une manière d’assurer que la chaîne de création de valeur et le marché soient dans la même zone monétaire. Les variations des taux de change ont ainsi peu d’impact au niveau de nos résultats à l’opérationnel.

– Et qu’en est-il des prix du pétrole?

– La baisse des prix du pétrole a deux effets. En ce qui concerne le secteur gazier et pétrolier, elle a un impact négatif sur le comportement en matière d’investissements. Toutefois, le faible niveau des prix du pétrole a aussi des effets très positifs dans deux domaines. Premièrement, dans l’industrie hors secteur pétrolier et gazier. L’industrie automobile américaine, à qui nous livrons des systèmes d’automation, est un secteur important pour ABB. Deuxièmement, il en va de même pour l’industrie manufacturière dans les matières plastiques ou la production d’aluminium. Tous ces secteurs profitent d’un prix du pétrole plus bas. Troisième effet: les gouvernements qui, auparavant, devaient consacrer beaucoup d’argent pour subventionner certains secteurs de leur économie en raison des prix élevés du pétrole peuvent maintenant investir cet argent dans d’autres domaines comme les infrastructures. L’Inde, par exemple, consacrait entre 30 et 40 milliards de dollars par an pour subventionner certaines énergies fossiles. Cet argent peut maintenant être consacré aux investissements dans les réseaux électriques ou les chemins de fers. Cela représente de nouveaux créneaux pour ABB. Cette observation est aussi valable pour la Chine et l’Indonésie. Ces trois immenses pays vont pouvoir investir davantage dans leurs infrastructures.

– Y a-t-il un niveau plancher du prix du pétrole à ne pas franchir pour ne pas mettre en danger les investissements pétroliers et gaziers d’ABB?

– Je ne vais pas spéculer à ce sujet. Notre mission est – quel que soit le cours du pétrole – de parvenir à adapter notre portefeuille de manière à rester concurrentiel dans nos différents secteurs d’activités. Quand le prix baisse, c’est bon pour un segment donné. Quand il remonte, c’est le cas pour un autre.

– En ce qui concerne les sites d’ABB en Suisse, quel sera l’impact de la force du franc? Comment le groupe peut-il y faire face?

– Le groupe ABB s’est déjà organisé pour faire face à une devise forte. Il y a quatre ans, le franc s’était déjà apprécié à un niveau très proche de la parité avec l’euro. Cela a été un appel à réagir pour ABB. Nous avons réorganisé la chaîne de valeur de nos activités en Suisse. Et nous allons continuer d’investir à la fois dans les technologies et l’amélioration de notre productivité.

– Hormis la recherche et le développement, les activités de production ont-elles encore un avenir en Suisse?

– Nous avons toujours voulu lier ces deux aspects. Faire de la R&D en Suisse sans ne rien produire ne fonctionnerait pas. Nous nous sommes engagés sur le long terme à avoir structures de création de valeur – certes différentes d’il y a un siècle – mais qui continuent à allier développement et production. Les deux aspects sont indissociables.

– Sur le plan conjoncturel, la Chine restera selon vous le moteur de la croissance mondiale. Le ralentissement de la croissance du PIB chinois à moins de 7% n’est-il pas un risque pour les activités d’ABB?

– L’an dernier, nos entrées de commandes ont atteint un niveau record en Chine avec 5,4 milliards de dollars. 20 000 personnes travaillent pour nous en Chine. Le taux de croissance du PIB est certes plus bas qu’il y a quelques années mais l’économie continue de croître en valeur absolue. De plus, l’amélioration des réseaux électriques, l’automatisation, l’électromobilité, les énergies renouvelables figurent tout en haut des plans d’investissements du pays. Tout cela concerne ABB!

– Malgré un recul du chiffre d’affaires et du bénéfice en 2014, le groupe ABB augmentera de 2 centimes à 72 centimes le dividende versé par titre. Ces moyens ne pourraient-ils pas être mieux investis ailleurs?

– Nous avons un engagement clair à ce sujet: ABB veut augmenter à long terme de manière continuelle ses dividendes sur l’ensemble d’un cycle. Même en 2013, lorsque nous avons dû procéder à des amortissements extraordinaires, le dividende d’ABB a été légèrement augmenté. Nous voulons que nos actionnaires puissent conserver nos titres à long terme et bénéficier d’un rendement des dividendes attrayant.