L'adoption par le Grand Conseil genevois de la loi visant à faire porter une charge de 60 millions de francs à l'Aéroport international de Genève (AIG) continue de faire des vagues (lire Le Temps du 11 juin dernier). Jeudi, Marc Schriber, administrateur de l'AIG, annonçait sa démission.

«L'ingérence de la politique dans les affaires des entreprises continue à Genève», explique l'ancien directeur général de Dupont de Nemours Europe, aujourd'hui à la retraite. Marc Schriber se dit lassé par les querelles de clocher. Son siège fait partie des cinq désignés par le Conseil d'Etat sur les vingt-et-un que compte l'organe. «Cette nouvelle charge inquiète les banques partenaires de l'aéroport au moment où celui-ci veut se lancer dans des projets d'investissements pour un montant de 500 millions de francs», poursuit notre interlocuteur.

Plainte envisagée

Pour les défenseurs de l'aéroport, ces 60 millions accordés à titre d'indemnités aux riverains doivent être payés par l'Etat. L'infrastructure dispose depuis 1994 d'un statut d'entreprise autonome. La plainte des riverains étant antérieure, la condamnation du Tribunal fédéral prononcée en 1995 visait bien l'Etat de Genève et non l'AIG. Mais les députés du Grand Conseil, majoritairement à gauche, en ont décidé autrement. Pour les représentants de l'Alternative, l'aéroport a largement les moyens de supporter cette charge. L'AIG a annoncé en mai un bénéfice record de 18,3 millions de francs dégagé lors de son dernier exercice. Micheline Calmy-Rey, la conseillère d'Etat en charge des finances, a précisé que l'établissement avait constitué depuis sa création des réserves latentes de l'ordre de 60 millions de francs qui n'étaient pas jusqu'ici apparues dans les bénéfices déclarés.

Nicolas Peyrot, premier vice président du conseil d'administration de l'AIG, veut poursuivre la bataille. «Nous étudions le moyen de recourir contre cette loi, affirme-t-il. Nous pourrions le faire soit sous la forme d'une plainte déposée devant l'autorité de surveillance (c'est-à-dire la Confédération qui octroie les concessions aéroportuaires, n.d.l.r.), soit sous la forme d'un recours de droit public ou de droit administratif». Les partisans de l'aéroport ont abandonné l'idée d'un recours politique. «Les milieux patronaux nous ont sollicités pour le lancement d'un référendum, explique Jean-Pierre Jobin, directeur de l'AIG. Mais nous avons préféré y renoncer».