Loin de Moscou et du pétrole, il veut favoriser la diversification de l'économie russe. Kendrick White mise sur les régions et les nouvelles technologies.

«Ni le pétrole, ni la mafia»

Avec un objectif: créer un fonds d'investissement de quelque 100 millions de dollars pour participer à cet essor. «Alors que la Russie souffre à nouveau d'une mauvaise image à l'Ouest, les Occidentaux n'ont pas idée à quel point l'économie bouge sur le terrain... Il y a plein de nouvelles entreprises qui, hors de Moscou, ne sont ni dans le pétrole ni dans la mafia et qui, pour se développer, ont besoin de capitaux. Or, pour le moment, les investisseurs étrangers ne savent pas atteindre ces entrepreneurs-là...» explique cet Américain atypique, qui vit en Russie depuis 1992 et les difficiles premières années de la sortie du communisme.

Aujourd'hui, Kendrick White veut jouer les intermédiaires entre ces entreprises russes et les capitalistes étrangers, investisseurs institutionnels et privés. Il espère notamment inclure des banques suisses dans son fonds. A la tête de sa propre entreprise, Marchmont Capital Partners, cet ancien banquier, qui a travaillé pendant dix ans en Russie, pour PricewaterhouseCoopers puis pour la BERD, a lancé ce printemps un «road-show». Direction: Moscou, puis les Etats-Unis et l'Europe.

Une mini-Silicon Valley

Kendrick White ne vient pas les mains vides. Son équipe d'analystes et d'éditeurs a en effet publié un guide d'investissement qui, sous la forme d'un épais magazine, présente les atouts économiques de la région de Nijni Novgorod. Place historique du commerce sur les bords de la Volga, la troisième ville russe a traditionnellement été au centre des échanges Est-Ouest.

Après la chute de l'URSS, elle a gagné la réputation de «capitale des réformes» grâce aux politiques de Boris Nemtsov, son gouverneur, qui était aussi l'un des principaux dirigeants libéraux des chaotiques années de la présidence Eltsine.

Aujourd'hui, avec une économie en plein boom et un taux de croissance annuel de 6% prévu pour les quinze prochaines années, Nijni Novgorod et sa région passent pour une mini-Silicon Valley à la russe. Trois nouveaux parcs industriels spécialisés dans l'informatique doivent y voir le jour.

«Nijni Novgorod n'est pas un cas unique en Russie! Il faut aller voir en dehors de Moscou...» s'enthousiasme Kendrick White. Fort d'un réseau dans six autres grandes villes, il prévoit cette année la publication de rapports similaires sur Ekaterinbourg, Rostov-sur-le-Don et la Sibérie occidentale, puis une douzaine d'autres l'an prochain.

Parallèlement, Kendrick White sillonne le pays à la recherche de projets industriels qui bénéficieront de ces investissements. «La Russie dispose de très bons scientifiques qui, certes créatifs, ne savent pas vendre leurs idées», insiste Kendrick White. «Ce nouveau fonds leur permettra de développer leurs projets et de les transformer en chaîne de fabrication de bonne qualité avec des coûts de production moins élevés qu'en Europe occidentale.» A terme, le fonds devrait ainsi investir dans les industries des nouvelles énergies, des composants automobiles, des méthodes de diagnostics médicaux, de la pharmacie et de la cosmétologie, de l'informatique et d'Internet, de la distribution...