Dans le jargon européen, on n'utilise plus le terme de PECO (pays de l'Europe centraleet orientale) pour désigner les pays qui ont rejoint l'Union européenne (UE) le 1er mai 2004. On parle désormais des NEM (nouveaux états membres). Cette nuance atteste de leur statut et de leur intégration.

Près d'une année après leur entrée, les dix nouveaux membres de l'UE en sont même les représentants les plus énergiques. «C'est la partie dynamique de l'Union. Même si leur poids est limité», constate Charles Wyplosz, professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales (HEI) à Genève. Ils font mieux que résister au choc de la concurrence. Pour preuve, leur croissance s'est avérée deux fois plus rapide que celle des Quinze en 2004. Seule ombre au tableau, la population bénéfice de manière inégalée de cette avancée.

Pour les huit économies ex-soviétiques, cette compétitivité se reflète dans la performance de leur commerce extérieur. Leurs exportations ont augmenté globalement ces derniers mois à un rythme oscillant entre 20 et 30% (par rapport au même mois de l'année précédente) grâce à l'abolition des formalités douanières, selon les statistiques publiées par la Revue Elargissement dirigée par le Ministère français de l'économie. «Leurs entreprises profitent d'un accès à un marché élargi», observe le professeur genevois.

Le secteur manufacturier, l'agroalimentaire et l'automobile tirent leur épingle du jeu. Attirés par une main-d'œuvre qualifiée à bas coût – clé de cette croissance – et la présence d'industries compétitives (plastiques, métaux, électronique), les arrivées de constructeurs se multiplient. Volkswagen (qui a racheté Skoda), Fiat, Renault, PSA (Peugeot Citroën), Toyota, Daewoo, Opel, Suzuki et Hyundai sont présents en Hongrie, Pologne, République tchèque ou encore en Slovaquie. Ces marques développent dans la région des usines à proximité des centres de demande européens, mais ils misent aussi sur le développement du marché local.

Les équipementiers ont suivi. Près de 20 milliards d'euros (31 milliards de francs) y ont été engagés sous forme d'investissements directs étrangers (IDE) en 2004.

Les services, un marché porteur

Autre conséquence de l'élargissement: l'externalisation des services est devenue un marché porteur pour la région. Philips (Pologne) s'apprête à y rejoindre Lufthansa (Pologne) et IBM (Slovaquie). S'ils demeurent loin derrière la Chine et l'Inde (bien meilleur marché), les NEM rattrapent petit à petit leur retard. Le fait de se trouver dans le même fuseau horaire que l'Europe donne un avantage. De plus, le recouvrement de dettes ou le traitement de plaintes restent plus faciles à réaliser depuis le cœur de l'UE. Le cabinet de conseil McKinsey, très optimiste, estime que le nombre d'emplois dans les services en Pologne pourrait passer de 3000 en 2004 à 200 000 d'ici à 2008.

Tout n'est cependant pas rose. Le chômage, qui stagne, préoccupe surtout en Pologne et en Slovaquie. La polarisation du capital et de l'emploi dans certains secteurs (l'automobile, par exemple) et certaines zones fragilise ces pays. Le fossé se creuse entre les régions et dans la population. «Sans un rattrapage social, les menaces de dérives populistes risquent de se concrétiser. Ce sera le grand défi des prochaines années», prévient l'économiste Jean-Pierre Pagé dans une interview au Figaro.

Désireux de se rapprocher des exigences européennes et d'adopter la monnaie unique, les NEM surveillent leurs dépenses et leur endettement. Charles Wyplosz estime les conditions de ce passage à l'euro (stabilité du taux de change, équilibre budgétaire) inadaptées à la nouvelle Europe. Elles laissent de plus à ces pays une faible marge de manœuvre pour répondre au déséquilibre social. Après l'intégration économique – en voie d'être réussie –, c'est le second enjeu lié à l'élargissement.