Jean-Pierre Jaquet passe aujourd'hui son 365e jour en détention. Depuis son arrestation le 7 octobre 2003 pour brigandage, incitation à brigandage, recel et falsification de marchandises, dans une affaire liée à des vols d'or et à de la contrefaçon horlogère, Sylvie Favre, la juge d'instruction neuchâteloise en charge du dossier, a multiplié les actes et arrestations. Reste que de toujours plus nombreuses personnes s'interrogent aujourd'hui en coulisse sur la longévité de cette détention provisoire. Les faits semblent toutefois donner raison à la juge d'instruction qui refuse désormais de faire toute déclaration à la presse.

Une nouvelle décision est cependant imminente: c'est aujourd'hui que se termine le délai de la première demande de prolongation de détention de six mois concernant Jean-Pierre Jaquet. Une seconde demande de prolongation de quatre mois a été formulée par l'instruction; la Chambre d'accusation doit y répondre au plus tard aujourd'hui.

Pour mémoire, l'affaire Jaquet a débuté le 7 octobre 2003 par l'arrestation de Jean-Pierre Jaquet et par une perquisition dans la manufacture d'horlogerie Jaquet SA, créée par ce dernier et dans laquelle il n'est plus partie prenante aujourd'hui. De très nombreuses arrestations en Suisse, en France et en Italie ont eu lieu dans les jours, semaines et mois suivants. Dans l'intervalle, un second juge d'instruction a été nommé pour épauler Sylvie Favre. Un an plus tard, quatre (en tous les cas, mais sans doute plus) des principaux prévenus sont toujours détenus.

Me Freddy Rumo, l'avocat de Jean-Pierre Jaquet, a tenté à plusieurs reprises de faire libérer son client. Il s'est notamment opposé jusqu'au Tribunal fédéral à la première demande de prolongation de détention, mais en vain. Confirmant ses dires lors d'un précédent entretien (LT du 25 mars 04), il relève que son client nie toujours l'essentiel des faits qui lui sont reprochés. Le mandataire parle «d'enquêtes qui se développent dans toutes les directions, de recherche systématique d'infractions envers son client et d'une instruction brouillonne qui ressemble toujours davantage à un chantier chaotique».

L'avis de Me Rumo n'est pas partagé par tous les défenseurs des prévenus dans cette affaire. Ainsi, cet autre avocat, même s'il s'étonne de la lenteur, voire de l'«enlisement» de l'instruction, juge plus que légitime la détention de Jean-Pierre Jaquet: «Le relâcher serait une faute professionnelle grave», précise-t-il. Tout en indiquant que le risque de fuite pour un personnage de cette trempe en regard des faits qui lui sont reprochés est énorme. Et de poursuivre: «Les juges et enquêteurs ont tout de même découvert beaucoup de choses. Cela porte sur des millions et des millions.» Un autre mandataire signale que le risque de collusion demeure très important, ce qui justifie les détentions.

Une vingtaine de prévenus

Si pratiquement tous les protagonistes se font aujourd'hui davantage discrets qu'il y a un an, c'est notamment dû à la pression exercée par les juges. Les restrictions sont un peu effrénées, dit-on dans cette étude d'avocats. La plupart des prévenus ont dû signer des documents exigeant qu'ils n'évoquent l'affaire en cours devant personne, excepté leurs mandataires.

«L'enquête est extrêmement complexe, relève cet autre proche du dossier. Les juges d'instruction sont-ils en train de se perdre dans ses dédales?» L'affaire – qui tient désormais dans 35 volumes! – concerne aujourd'hui une vingtaine de prévenus, plusieurs dizaines de témoins ont été entendus, les faits reprochés sont nombreux. Et quand bien même cette enquête paraît longue à certains, pratiquement toutes les personnes en relation avec ce dossier admettent qu'elle est menée tambour battant et que les audiences continuent à se suivre à un rythme soutenu.

Quelles seront les suites données à l'enquête? L'avancement de l'instruction a pris à l'évidence plus de temps que prévu et on évoque aujourd'hui l'hypothèse d'une clôture du dossier au premier trimestre 2005. Dans tous les cas, cet observateur imagine que l'instruction devrait mener inévitablement à un procès en Cour d'assises pour les quatre ou cinq principaux prévenus. Les autres pourraient être jugés dans des juridictions inférieures.