tribunaux

Un ancien cadre de HSBC et son complice arrêtés pour chantage à la banque privée genevoise

Les auteurs présumés voulaient extorquer 5 millions de francs à cet ex-employeur. L’enquête, menée par les juges français, dira s’ils possédaient des données sensibles et pourquoi ils ont agi de la sorte

Une affaire Hervé Falciani bis? En 2009, cet informaticien français s’était rendu célèbre en volant des fichiers confidentiels à la banque privée HSBC. Aujourd’hui, rebelote, avec, cette fois-ci, un ancien cadre de la succursale genevoise. Ce dernier, un ressortissant français de 54 ans, s’est fait aider par un entrepreneur haut-savoyard de 46 ans, actif dans la peinture en bâtiment. «Ils réclamaient 5 millions de francs [ndlr: 4 millions pour eux et 1 million pour des œuvres caritatives] à la banque, en échange de documents a priori confidentiels», indique Dario Zanni, le procureur genevois qui a traqué les suspects ces neuf derniers mois, jusqu’à ce qu’ils commettent «deux petites maladresses». Lesquelles? Le magistrat reste discret: «Tout ce que je peux dire, c’est que ces individus étaient motivés et très organisés.»

Les deux hommes ont été arrêtés en flagrant délit vendredi soir à 22h30 – en pleine nature, juste après la remise des fonds exigés –, à quelques kilomètres de La Roche-sur-Foron en France voisine. Ils ont été placés en détention provisoire, l’un à Chambéry, l’autre à Aiton près d’Albertville, et mis en examen par le parquet d’Annecy pour crime de tentative d’extorsion de fonds en bande organisée, ainsi que délit d’association de malfaiteurs en bande organisée. «Les deux suspects qui habitent en Haute Savoie n’ont pas d’antécédents judiciaires, relève Eric Maillaud, procureur de la République au Tribunal d’Annecy. J’imagine, qu’ils ont été très surpris de l’ampleur du dispositif de sécurité mis en place à leur intention.»

Plus d’une centaine d’agents ont été mobilisés des deux côtés de la frontière franco-suisse. Mais ce sont les troupes françaises d’élite – le GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) – qui a conduit les opérations avec les négociateurs, pendant que les forces de l’ordre régulières et la police genevoise observaient ou perquisitionnaient les multiples demeures des suspects. «Notamment dans le sud de l’Hexagone», précise Dario Zanni qui a dû, «mortifié», se dessaisir de cette affaire traitée en France.

Menace crédible

A quel point les données étaient-elles sensibles? «L’enquête devra déterminer leur nature exacte et surtout comprendre les motivations, autres que financières, des malfaiteurs présumés à l’égard de l’ex-employeur», souligne Dario Zanni. Beaucoup de matériel, comme des ordinateurs, a été saisi suite aux investigations menées depuis l’automne 2011 par le Ministère public genevois. Les recherches ont notamment été jalonnées «d’écoutes téléphoniques et de sonorisations de voiture», nous précise-t-on. Selon des sources proches du dossier, l’hypothèse d’un bluff des maîtres chanteurs serait peu probable, vu leur détermination et les moyens engagés par l’enseigne britannique pour les empêcher de nuire.

Que dit la banque? Elle salue «l’intervention efficace des forces de l’ordre», mais ne confirme pas si son ex-employé était informaticien, «en raison de la procédure judiciaire en cours». «A aucun moment, nos intérêts ou ceux de nos clients n’ont été menacés. Nous avons immédiatement informé la police», résument les services de communication nationaux de la HSBC. En revanche, dans le landerneau bancaire genevois, on s’étonne encore qu’un tel cas puisse encore se produire.

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