C'est un parcours emblématique que celui de cette directrice d'une institution vaudoise. Après un apprentissage de commerce, elle a travaillé quelques années comme employée de bureau tout en accomplissant une maturité fédérale au gymnase du soir. Le précieux sésame en poche, elle s'est inscrite à l'université et a obtenu une licence de psychologie. Elle est alors entrée dans l'administration. Désireuse de gravir les échelons hiérarchiques, elle a opté pour un diplôme post-grade, auprès de l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), avant d'être nommée à ses fonctions actuelles. «Il existe à tous les moments de la vie et quel que soit son parcours personnel des possibilités de progresser», explique aujourd'hui cette cheffe.

Sa trajectoire originale indique comment un diplôme de base peut mener aux plus hautes fonctions, par le truchement de la formation tout au long de la vie. «Il faut le dire et le redire, il existe de plus en plus de passerelles vers la formation supérieure, souligne Grégoire Evéquoz, directeur de l'Office pour l'orientation et la formation professionnelle et continue (OFPC) du canton de Genève. Et la demande du public est considérable.» La preuve? L'OFPC a estimé à 70% la proportion des apprentis souhaitant poursuivre leur formation après leur CFC. Autre exemple, la récente séance d'information pour les aides-soignants organisée par l'office a attiré pas moins de 450 personnes.

«La formation continue s'est considérablement développée ces dernières années, mais elle demeure une jungle obscure pour beaucoup de personnes. Du coup, elles ne savent pas comment y accéder», regrette Bernadette Morand-Aymon, directrice romande de la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA). Les possibilités existent pour tous les niveaux et quelle que soit la formation de base du candidat. Trois exemples concrets pour mieux s'orienter:

kUn vendeur sans formation initialePrenons l'exemple d'un jeune homme qui a quitté l'école à quinze ans avec son seul certificat de fin de scolarité obligatoire. Engagé par le supermarché de son quartier, son travail lui plaît. Il est motivé et aimerait progresser professionnellement, devenir chef de rayon. Malheureusement, sans diplôme, les portes se ferment devant lui. «Pour ma part, je lui conseillerais d'entamer une procédure de validation des acquis afin d'obtenir son CFC sur la base des compétences qu'il a consolidées dans sa pratique professionnelle, commente Grégoire Evéquoz. Il peut ensuite prévoir des compléments de formation sous forme de modules.» Une institution comme l'Ifage à Genève, par exemple, offre toute une palette de cours pour adultes.

«La validation des acquis offre deux avantages essentiels pour le candidat, relève Isabel Taher-Sellès, directrice de l'Orientation scolaire et professionnelle du canton de Vaud. Premièrement, en verbalisant et en apportant la preuve de ses compétences, il prend conscience de ce qu'il sait. Ensuite, ses compétences sont validées par un professionnel, et mises en valeur par un diplôme.»

kCadre bancaire avec CFCOn parle ici d'une jeune femme d'une trentaine d'années, au bénéfice d'un CFC d'employée de commerce. Elle grimpe les échelons de la banque qui l'emploie et devient cheffe de projet. A l'avenir, elle aimerait travailler dans les produits financiers de pointe, mais ses qualifications ne le lui permettent pas.

Première solution, elle peut entrer dans une école supérieure (ES) pour y suivre un cursus en emploi; ou passer un brevet ou une maîtrise fédérale. Par exemple, l'Institut supérieur de formation bancaire (IFSB), créé en collaboration avec les banques genevoises, offre de nombreuses filières spécialisées aux jeunes professionnels.

Ensuite, sous certaines conditions très strictes, elle a la possibilité d'accéder à la formation continue universitaire ou d'une haute école spécialisée (HES). Au niveau des certificats, diplômes et masters, par exemple, l'Université de Fribourg accepte, sur dossier, deux détenteurs de CFC par volée de 25 candidats. «Mais pas plus, car nous ne voulons pas créer de déséquilibre. Cependant, les participants issus de la pratique enrichissent le savoir et le débat. Et c'est important, car l'échange d'expérience entre apprenants est la véritable valeur ajoutée de la formation continue universitaire», déclare Annette Enz, responsable de ce secteur à l'Université de Fribourg.

De nouvelles passerelles pourraient se créer. L'Université de Genève est en train de mettre en place un système officiel de validation des acquis, sur le modèle français. «C'est un outil idéal pour favoriser le droit à la formation, quasiment inexistant en Suisse», relève Geneviève Auroi-Jaggi, directrice de la formation continue genevoise. Le projet se trouve actuellement en phase pilote.

kJuriste nommé directeur d'un EMSPrenons maintenant un diplômé en droit de l'université, âgé d'une quarantaine d'années, qui accède au poste de directeur d'EMS. Et s'il possède un solide bagage juridique et une longue expérience du management d'équipe, il n'a en revanche aucune notion en matière de d'accompagnement des mourants, de troubles psycho-gériatriques ou de soins palliatifs. Pour ce profil particulier, l'Université de Genève offre un certificat de formation continue en gérontologie. «Il apporte ainsi une solution souple, à court terme, venant s'ajouter au socle de formation de base», constate Geneviève Auroi-Jaggi. Notre directeur peut également bénéficier de l'offre du Centre de formation de la Fédération genevoise des établissements médico-sociaux.

Si l'offre est vaste, tous les écueils ne sont pas pour autant levés sur le chemin de nos candidats. La formation continue coûte cher: de quelques centaines de francs pour les moins longues d'entre elles à plus de 20000 francs pour les masters of advanced studies. Et, selon les observateurs, les entreprises sont de moins en moins enclines à offrir ces cursus à leurs collaborateurs. D'autre part, se former en tant qu'adulte exige une profonde motivation, car les sacrifices sont importants, en termes de temps et d'investissement personnel. En être conscient avant de se lancer est un gage de réussite.