Le numéro un mondial de l'horlogerie se porte bien. Swatch a annoncé vendredi des ventes records pour 1999. L'an dernier, le groupe biennois a réalisé un chiffre d'affaires de 3,626 milliards de francs, en hausse de 11%. La direction du groupe s'attend en outre à une croissance du bénéfice opérationnel plus forte que celle du chiffre d'affaires. Il devrait dépasser les 500 millions de francs (442 millions en 1998). Quant au résultat net – de 357 millions de francs en 1998 –, il devrait progresser de plus de 20%, relève le communiqué du groupe. Les chiffres définitifs ne seront publiés que le 16 mars.

Le secteur des montres terminées, qui représente trois quarts du chiffre d'affaires, a profité du rebond des économies asiatiques. Il a enregistré une hausse des ventes de 14,4% à 2,7 milliards de francs. Le taux de croissance de 9,2% pour les six premiers mois a plus que doublé au second semestre (+18,9%), dopé par les ventes de fin d'année. Selon la Fédération de l'industrie horlogère suisse (FHS), les exportations de montres suisses ont en effet connu une croissance spectaculaire en novembre.

La valeur totale exportée a ainsi atteint 1,07 milliard de francs en un seul mois, du jamais vu! Quant au nombre de montres exportées, il a progressé de 5,7% en novembre, à plus de 3 millions de pièces. Pour la première fois depuis l'éclatement de la crise asiatique en 1997, toutes les régions du monde ont importé davantage de produits horlogers suisses ces derniers mois, relève la FHS. La palme revient à l'Asie, entraînée par Hongkong, le Japon et Singapour. Quant aux pays du Moyen-Orient, ils ont terminé l'année sur «les chapeaux de roue», ajoute la Fédération.

Pas le même succès pour le bas de gamme

Chez Swatch Group, tous les segments de prix ont enregistré une évolution positive, note l'entreprise. Mais ce sont les montres de luxe qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu: au deuxième semestre, le taux de croissance de leurs ventes a atteint 30%. Omega et Longines présentent «une progression particulièrement forte», souligne le groupe. Après une phase de faiblesse en 1998, Rado s'est redressé. Par ailleurs, l'acquisition de Breguet, en septembre, a aussi contribué au bond des ventes. Dans le milieu de gamme, les montres Calvin Klein et Tissot ont dépassé les attentes de l'horloger biennois. Par contre, le segment bas de gamme ne rencontre pas le même succès. Le groupe biennois, même s'il s'est ouvert de nouveaux créneaux avec Swatch Beat, subit un recul des ventes de Swatch plastiques, note un spécialiste.

La production de mouvements et de composants horlogers enregistre une chute de 4,6% de ses ventes, à 1,189 million de francs. Swatch Group continue de subir la guerre des prix sur les mouvements bon marché, lancée par les producteurs japonais Seiko et Citizen. Le secteur des composants a également été touché par la politique des propres marques de l'entreprise biennoise. Celles-ci ont en effet préféré réduire leurs stocks plutôt que de procéder à de nouvelles commandes.

Les ventes des systèmes électroniques (micropuces, microcristaux, piles, etc.) ont reculé de 1,3% à 377 millions de francs. Toutefois, si l'on élimine l'effet Smart, l'augmentation du chiffre d'affaires est de 15,3%, précise Swatch. Cette année, cette division, qui produit entre autres des oscillateurs à quartz, devrait profiter du boom de la téléphonie mobile.

L'embellie des derniers mois semble se poursuivre. «Le creux des ventes de janvier ne s'est pas manifesté», relève Dieter Winet, analyste à la Banque Pictet. De plus, la reprise de la consommation laisse augurer une bonne année pour les entreprises du luxe. La Bourse a réagi positivement. Hier, dans un marché en baisse, le titre Swatch a gagné 2,7% à 1734 francs. L'an dernier, l'action a d'ailleurs enregistré la meilleure performance du SMI avec une progression de 116%, alors que l'indice n'augmentait que de 5,8%.

Le marché attend désormais la prochaine acquisition haut de gamme de Swatch Group. Pour Dieter Winet, ce n'est plus qu'une question de temps. Il y a quelques jours, Nicolas Hayek a en effet annoncé (lire LT du 24 janvier) qu'il s'intéressait à reprendre les marques Jaeger-Lecoultre, IWC et Lange & Söhne, actuellement propriété du groupe Mannesmann. Or le groupe allemand, objet d'une tentative de rachat par le britannique Vodafone

Airtouch, pourrait se défaire de sa division horlogère si l'offre aboutit.